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Robert Louis-Dreyfus, actionnaire principal de l’OM

le 1er/03/2006

Robert Louis-Dreyfus, 60 ans, vient de reprendre les rênes de l’empire familial. Il fête également cette année le dixième anniversaire de son arrivée à la tête de l’OM, avec un palmarès toujours vierge. Une danseuse aux mauvaises fréquentations qu’il aimerait bien larguer rapidement.

Poker menteur

« Aux aaaaarrr-meuh ! Nous sommes les Marseillais, et nous n’avons rien gagné ! » Salut, appelez-moi Bob. Ne faites pas attention aux loufiats en livrée qui m’appellent Monsieur Robert (1), c’est un héritage, moi, je suis très cool. Je n’aime pas les héritages, ni les gosses de riches. Mon problème, c’est que je suis un gosse de riche, bien que je m’en défende. (Un huissier arrive avec une cave à cigares) Un cohiba ? (Il s’allume un énorme barreau de chaise) Que voulez-vous, il y en a qui naissent dans les choux, moi je suis né dans le blé. Le groupe Louis-Dreyfus, c’est 21,5 milliards d’euros de CA (autant que Vivendi Universal), tout ça grâce au blé ! L’ancêtre, au dix-neuvième, il a fait fortune dans le négoce du grain. Je vous passe ma jeunesse de petit lord Fauntleroy. A seize ans, j’ai fait de la boxe, comme papa, qui avait été champion de France amateurs, en catégorie poids lourds, bien sûr. Ah, la boxe ! C’est à cause de ça que j’ai mis mon pote Acariès à la tête de l’OM. Je me suis dit qu’un cogneur, c’est ce qu’il fallait dans ce repère de branques. Bon, côté bizness, Acariès, il entrave que dalle. Même qu’il confond « audit » avec Audi, la marque de bagnoles (ndlr : authentique) ! Sacré Louis ! Bref, après avoir raccroché les gants, j’ai fait ma petite crise d’ado, les études ça me disait moyen, j’ai même foiré mon bac. Je me suis mis à jouer au poker. Flamber, encore un truc de gosse de riches ! Ah, j’enrage d’être si conforme au cliché que je voulais fuir. Pendant plus de vingt ans, j’ai tapé le carton comme un enragé, après je me suis calmé. Entretemps, ça m’a pas empêché de faire Harvard, pour faire plaisir à papa. Après j’ai fait mon chemin tout seul, enfin, c’est ce que je me raconte, comme si les portes ne s’étaient pas ouvertes à cause de mon nom... Ça m’a permis de me faire le milliard d’euros de fortune perso, de m’installer en Suisse (j’ai la nationalité helvétique depuis 1995). J’ai d’abord bossé dans le médical. C’est là que j’ai touché le jackpot. Tellement qu’à 42 balais, je me suis mis à la retraite. Pourquoi continuer à bosser lorsqu’on est blindé de thunes ? Un éclair de lucidité qui n’a pas duré longtemps. Autour de moi, je sentais bien la désapprobation. Moi aussi, je pouvais gagner dix fois plus en remettant au pot, même si ça ne sert à rien ! Alors j’ai dit banco. C’est comme ça que je me suis retrouvé à diriger Saatchi&Saatchi, la grosse boîte de pub anglaise, avant de reprendre Adidas à Tapie qui buvait le bouillon. Avec le Lyonnais, on a fait un beau bénef’. 2 milliards de francs pour eux, 2,5 pour moi. Quand je suis arrivé, j’ai dit « il faut mettre aux commandes des gens qui ont faim ». Les têtes ont tombé. Et puis c’est pas tout, il a fallu mettre au boulot des gens qui ont faim aussi, ça permet de moins les payer. Donc, j’ai délocalisé un max, pour faire travailler les bridés, comme Nike et Reebok. Ça a été radical, les bénéfices sont repartis. En 1996, j’ai une fois de plus chaussé les pantoufles à Nanard, en reprenant l’OM. Sacré danseuse ! En dix ans, elle m’a coûté 192 millions d’euros à titre perso. Tout ça pour récolter quoi ? Une coupe Intertoto (rien que le nom, tout un programme !) et une mise en examen pour abus de biens sociaux avec les magouilles de Courbis et des agents. Sans compter les problèmes avec le milieu, ça fait mauvais genre pour un fils de bonne famille. Mais c’est ça qui me plaît, comme avec le poker ! D’être avec des mâles, des vrais, et pas des fils à papa ! En octobre 2001, j’ai nommé Etienne Ceccaldi, un ancien magistrat, pour remettre de l’ordre. Il s’est lâché en parlant de « la tutelle du milieu », et d’un club « mis en coupe réglée » (2) C’est vrai que quand Ceccaldi a annoncé que tous les agents étaient les bienvenus à Marseille parce qu’il y avait beaucoup de transferts à réaliser, un seul a pointé sa fraise... Les autres, ils ont eu les jetons. Il faut dire qu’à Marseille, on a un super-agent, Jean-Luc Baresi, dont les frères sont fichés au grand banditisme. Baresi a été entendu dans une histoire de racket et de menace de mort, toujours pas élucidée aujourd’hui. Il est tellement bien chez lui à l’OM que quand il est stressé, il vient se faire masser au club, en même temps que les joueurs. En avril 2002, j’ai même rencontré Roland Cassone, le dernier parrain du milieu marseillais. On me l’a présenté comme « un membre influent d’une des associations de supporters du club (sic). A l’époque, nos mauvais résultats sportifs avaient enflammé les supporters et Cano (ex-directeur sportif du club) pensait que ce rendez-vous permettrait d’expliquer la politique du club et d’apaiser le climat » (3) Qu’un requin du bizness comme moi se fasse plumer comme un bleu, c’est étrange tout de même. Par exemple, avec le transfert de Tuzzio, déniché par Tapie, que j’avais fait revenir. Tuzzio est alors libre de contrat. Il demande juste 1,5 million, plus 300 000 de commission pour son agent. Mais in extremis, Tuzzio se ravise, et signe pour le Servette de Genève, avec la bénédiction de l’OM, qui lui paie même ses billets d’avion. 5 jours après, le club change lui aussi d’avis, et rachète Tuzzio au Servette... pour 6,5 millions d’euros (4). Et qui c’est qui raque, c’est Bob ! Et sans moufter en plus ! Vous comprendrez que l’OM, je vais vendre dès que possible, pace que j’en ai ras la casquette ! J’ai changé de marque d’ailleurs, car j’ai refourgué Adidas en 2001. Mais j’ai racheté le Coq Sportif en 2005 grâce au pognon ramassé dans l’immobilier en Suisse, où j’avais acheté au creux de la vague. J’ai aussi des billes dans une chaîne de magasin de sports chinois, et j’ai acheté un autre club de foot, le Standard de Liège. Ça me fait des vacances, à côté de l’OM ! Mon dernier coup, c’est d’avoir raflé les droits TV pour la Coupe du monde de foot 2006 en Allemagne. Pour fêter ça, je me suis carrément offert une loge de 20 places au stade de Munich. Comme ça, je pourrais inviter les joueurs de l’OM à voir du ballon, du vrai.

Paul Tergaiste

(1) Le siège de la société Louis-Dreyfus, avenue de la Grande Armée à Paris, fourmille en effet de laquais en veste bleu roi (Le Point, 9 février 2006)

(2) La Provence du 27 mars 2002

(3) Le Nouvel Observateur, 13 janvier 2005

(4) idem

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