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La Seyne sur Mer, conseil municipal du 17 février 2006

le 1er/03/2006

Tous les mois, un grand reporter du Ravi « teste » incognito un conseil municipal dans une ville ou un village de notre belle région...

18h09 Enfoncé dans son siège, pratiquement invisible derrière son directeur des services et un rétroprojecteur, Arthur Paecht, le maire, ouvre la séance d’une voix lancinante.

18h20 Pas de round d’observation. Alors que la première délibération propose de nommer « La Navale » le parc paysager de 4 hectares créé sur l’ancien site des chantiers navals de la ville, Michel Giannetti, conseiller d’opposition (PRG), attaque : « Un nom ne suffit pas pour honorer la mémoire de tous ceux qui ont œuvré pour une industrie qui a fait la réputation de la Seyne ! » Exaspéré par cette intervention sur un sujet qu’il pensait consensuel, Arthur Paecht réagit immédiatement, avec la même violence : « Vous me dites que je n’en fais pas assez, que ce n’est rien, mais il fallait le faire quand vous en aviez l’occasion ! » Puis, parfaitement redressé cette fois-ci, il s’indigne : « Vous utilisez un procédé déplaisant qui ne vous grandit pas. » La contre-attaque, d’une voix qui n’a plus rien de monotone, dure sept minutes. Le radical de gauche fait le dos rond et encaisse. La délibération est votée à l’unanimité. 18h38 Arthur Paecht coupe la parole à Jacques Bordes, ancien conseiller UDF de la majorité désormais dans l’opposition. Cinglant, il l’accuse d’être à la « limite de la diffamation ». Le centriste, dans des termes peu diplomates, tentait de comprendre le fonctionnement financier d’une société d’économie mixte chargée de projets d’aménagement sur la commune...

19h02 Les débats s’enlisent au sujet d’une nouvelle procédure de financement de l’Office HLM de la ville. Francisque Luminet, conseiller municipal PC, se porte curieusement au secours d’Arthur Paecht. De l’aveu d’une consœur de La Marseillaise, le cas est aussi fréquent « qu’incompréhensible » ! Il ne sera pas contredit de tout le conseil.

19h07 Changement de journaliste chez Var Matin. Bonne technique pour ne pas boucler trop tard et éviter de sombrer dans l’ennui !

19h15 Le maire « assume » ses propos. Il vient de traiter de « salauds », les voleurs qui laissent sur les bas-côtés de la commune des véhicules désossés. Comme le propose la délibération 5/1, cette pratique impose à la municipalité de trouver une solution pour assurer le « transport des véhicules en infraction aux règles de stationnement ». Le maire fulmine, et prouve une fois de plus qu’à 76 ans il n’est pas le grand-père gâteau que son physique et ses sourires laissent penser. Toujours alerte, paternaliste, ne souffrant aucune contestation, il assure son rôle de patriarche. Ses adjoints n’interviennent qu’à sa demande.

19h16 Yvette Bouvet, 7e adjointe en charge des seniors et des élections, peut-être outrée par le vocabulaire de son édile, se lève, tire les rideaux situés derrière elle et ouvre la fenêtre pour se donner un peu d’air. Inquiet, Serge Daninos, 13e adjoint en charge des relations avec les commerçants et les artisans, la quarantaine avenante et très sophistiquée, lui propose un siège et lui apporte un verre d’eau. Aux rares conseillers de la majorité inquiets, il explique par signes que la tête de sa colistière tourne. Et les rassure aussitôt.

19h17 Le conseil respire, l’adjointe en charge des seniors et des élections a regagné son siège pendant que Françoise Pouchko-Louat achève la séquence émotion de ce début de soirée. Très « Chanel », 5ème adjointe aux affaires scolaires et à la petite enfance, elle dénonce « ceux qui s’empressent d’avertir la presse dès que des murs sont sales dans des écoles ». Elle jure qu’elle « en a marre d’entendre dire que la municipalité ne fait rien pour le scolaire » entre deux sanglots difficilement contenus.

19h29 Grâce à Arthur Paecht et Francisque Luminet, la discussion sur les malheurs de l’adjointe à la petite enfance s’est prolongée de 12 minutes. Un temps que Serge Daninos, en vrai gentleman, tente de mettre à contribution pour aller réconforter sa collègue. Pas assez rapide, il arrive à sa hauteur, à trois mètres de son propre siège, alors qu’elle est en pleine conversation téléphonique.

19h33 M. le maire exige qu’Alain Ajello « accélère ». Aux ordres, le 14eme adjoint en charge de la jeunesse et des sports, presse sa lecture de la délibération 6/1 ! Finalement, le conseil reprend son rythme d’escargot. Les multiples interventions et précisions du premier magistrat n’y sont pas étrangères.

19h46 La Marseillaise adopte la technique de Var Matin pendant qu’Arthur Paecht tente de se faire charmeur auprès de Michèle Joyan. Mais son ancienne première adjointe ne réagit pas. « Démissionnée » il y a un an et demi sur demande de ses collègues, elle est apparemment rancunière et ne laisse plus rien passer. Ses interventions se multiplient. A plusieurs reprises, elle s’abstient lors des votes.

20h15 Profitant que le maire, Jean-Bernard Carrere, 3eme adjoint en charge des finances, Francisque Luminet et Michel Giannetti devisent des bienfaits d’un contrôleur de gestion, que cherche à recruter la commune, un brouhaha s’installe. Les conseillers discutent par petits groupes, en voisins. Ce sont surtout les directeurs des services de la mairie, regroupés au centre de la salle de conseil, qui créent l’animation. De plus en plus indifférents à ce qui se passe, ils débattent, s’apostrophent et chahutent parfois. Sous l’œil totalement indifférent de leur patron.

20h20 Arthur Paecht, annonce que des archives départementales vont être numérisées. Particulièrement mauvais joueur, il fustige, sans la nommer, l’association qui l’a assigné en référé pour qu’il revienne sur sa décision de détruire les deux derniers bâtiments des chantiers navals : la cantine et l’infirmerie (voir ci-contre). « Il n’y a pas que la cantine des anciens chantiers qui ait de la mémoire », lance-t-il, mauvais, dans une ambiance devenue soudainement lourde. Très passif depuis sa première intervention, Michel Giannetti ne réagit pas.

20h25 Fathi Bousbih, 9eme adjoint en charge de la politique de la ville, achève une intervention particulièrement confuse au sujet d’un Projet éducatif local. Au grand soulagement de beaucoup, et pour la première fois de la soirée, Arthur Paecht ne renchérit pas.

20h37 Taquin, voire méchant, ce dernier profite du départ de Sylvie Guérin pour s’amuser : « On fatigue ? La concurrence risque de tomber. » La conseillère PS, préfère ne pas réagir.

21h47 La délibération 12, dernière de ce conseil, pose « un problème de fond » au maire. Cinq conseillers UDF, élus sur sa liste, souhaitent constituer un nouveau groupe d’opposition sans être remplacés... Bon prince, il tranche. « Comme je suis quelqu’un de tolérant et de consensuel, on va vous accorder ce groupe. »

21h02 Devant un public qui a presque totalement déserté, Arthur Paecht lève la séance. « En l’absence du ténor de l’opposition, le conseil était un peu fade », concède une habituée...

Jean-François Poupelin

FICHE TECHNIQUE / LA SEYNE SUR MER

- 60.000 habitants, 2eme commune du Var.

- Le Maire : Arthur Paecht (UMP), depuis 2001. Egalement premier vice-président du Conseil général du Var et premier vice-président de la communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée.
- La majorité : Un groupe UMP-Divers Droites de 32 élus
- L’opposition : Un groupe PS-PRG de 6 élus Un groupe « Gauche unie » de 6 élus Un groupe UDF en construction de 5 élus

- Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
- Durée : 2 heures 53 minutes
- Présents : 28 élus de la majorité et 7 élus de l’opposition Temps de parole cumulé de l’opposition : 51 minutes.
- Le public : Une petite trentaine de personnes, dont un enfant et cinq journalistes

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