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Lambesc, conseil municipal du 25 janvier 2006

le 1er/02/2006

Tous les mois, un grand reporter du Ravi « teste » incognito un conseil municipal dans une ville ou un village de notre belle région...

20h45 Bernard Ramond, le maire UMP, costume sombre, cravate rayée, la cinquantaine proprette et un peu coincée, ouvre la séance devant un public rassemblant une foule de... cinq personnes ! Dont deux journalistes et un des fils de l’élu. Apparemment, les Lambescains ont préféré la fiction à la réalité. En cette soirée glacée, TF1 diffuse un téléfilm intitulé « Père et maire ».

20h46 Une minute et premier incident. Lors de l’appel, Raymond Matheron, pourtant concentré, répond « présent » en lieu et place de Jean-François Masseron. Selon l’opposition, ce dernier a démissionné depuis plusieurs années et n’a jamais été remplacé, sans donner ni signe de vie ni procuration. La confusion entraîne quelques éclats de rires et un léger brouhaha. 20h47 Retour au calme. Dans un silence religieux, Bernard Ramond se lance dans la lecture du premier point de l’ordre du jour, le débat d’orientation budgétaire (DOB) 2006.

21h06 Un nouveau Lambescain s’installe dans le public. En un instant, la foule de spectateurs a grossi de 20 % ! A moins de jouer avec un mort, un tarot n’est désormais plus envisageable.

21h10 Le maire annonce une baisse de 45 % de la dette de la commune et se délecte à comparer, poste par poste, ses résultats avec ceux du département. Premières rumeurs dans les rangs de l’opposition.

21h20 Après 33 minutes d’une lecture heurtée, le premier magistrat de la ville laisse la parole à l’opposition. Malgré sa bonhomie, Jean-Philippe Labrouve s’avère assez agile et s’en saisit au vol. Sa première attaque - sur le peu de place accordée par le document au contexte communal par rapport aux considérations nationales et intercommunales, « deux pages sur douze », précise-t-il -, fait mouche. Surpris, Bernard Ramon se défend d’un « non, non » à peine audible. Alors que chacun s’attend à ce que l’élu d’opposition enfonce le clou énergiquement, c’est d’une voix monocorde qu’il énonce ses autres griefs.

21h29 Peu passionné par son collègue, Joël Scagnolari se caresse la moustache en admirant le plafond de la salle du conseil fraîchement repeint d’un blanc immaculé.

21h31 Sylvie Pellegrin prend la relève de Jean-Philippe Labrouve pour l’opposition. Plus agressive, après quelques questions d’ordre technique, elle attaque sur le thème de la sécurité. « Quels sont les chiffres de la délinquance à Lambesc ? », tacle-t-elle roublarde. Déséquilibré, Bernard Ramond, qui a prévu dans son DOB l’installation de caméras de vidéosurveillance sur plusieurs parkings de la commune, botte en touche. « C’est toujours trop pour ceux concernés », affirme-t-il. Affûtée, la conseillère d’opposition poursuit son action. « Soit c’est une mode, soit il y a un vrai problème », enchaîne-t-elle avant de préciser : « Pour moi, ça fait un peu mouchard ! » Georges Alluin, premier adjoint en charge de la l’intercommunalité et de l’emploi aux airs de lieutenant-colonel à la retraite, assis à droite du « chef », court à son secours et s’exclame : « Et alors, ça vous gêne ? » Sereine, Sylvie Pellegrin insiste pour voir des statistiques. Le maire esquive une fois de plus.

21h42 Bernard Ramond décide qu’il est temps pour lui de reprendre la main et entame une réponse point par point aux remarques de l’opposition. Mais rapidement les conseillers de « Lambesc autrement » repartent à la charge. Le débat s’enlise. L’ambiance est à la kermesse villageoise. Dépité, Bernard Ramond opte pour la pédagogie. Il concède : « Je vais donc revenir sur ce qu’est un DOB ».

21h55 Sylvie Pellegrin, échaudée, le coupe pour la énième fois et provoque un drame. Raymond Bastide, petit retraité membre de la majorité qui fulmine depuis plusieurs minutes, s’emporte : « Mais c’est pas possible d’être aussi nulle que ça ! » Déstabilisée pour la première fois de la soirée, l’élue de l’opposition se lève, range ses affaires avec précipitation, enfile son manteau et lance froidement au maire : « C’est pas possible d’être insultée comme ça ! » Raymond Bastide, qui la suit du regard quitter la salle du conseil, renchérit avec délicatesse : « C’est ça, casse-toi ! » Sûr de lui, il se tourne vers Bernard Ramond et se justifie avec aplomb : « Avec eux, presque tout ce que tu fais c’est nul ! » Personne ne bouge, y compris l’édile. Les affaires reprennent.

22h02 Joël Scagnolari s’aventure à son tour sur le terrain miné des caméras vidéo en optant pour une approche « philosophique », selon ses mots. Tranquillement, il assure : « On se dirige vers un monde totalitaire. » Georges Alluin manque d’en avaler sa moustache grisonnante ! Puis tente l’ironie : « Moi, je ne suis pas contre car je n’ai rien à me reprocher. » Satisfait de son bon mot, il sourit à la cantonade en s’adossant à sa chaise. Et fait un bide, même du côté de la majorité.

22h04 Depuis le début de la séance, les conseillers de « Pour que vive Lambesc », à l’exception très remarquée de Raymond Bastide, sont restés impassibles et muets. Après avoir accompagné religieusement leur maire dans sa lecture, ils suivent désormais les débats poliment.

22h06 Inspiré par l’humour de son premier adjoint, Bernard Ramond se fend à son tour d’une boutade : « Il faudrait que le Crédit agricole retire sa caméra de surveillance, comme ça il n’y aura plus de banque le lendemain. » Privilège de maire, il réussit à tirer quelques sourires à ses colistiers. Du côté de l’opposition, c’est la consternation.

22h14 Bernard Ramon entame la lecture du deuxième point de l’ordre du jour. Il y en a neuf !

22h22 En huit minutes, l’ordre du jour est pourtant bouclé ! Sans discussions et avec deux abstentions.

22h27 Un silence de mort s’installe dans la salle. Embarrassé, Bernard Ramond vient de demander que le conseil municipal désigne un avocat dans le cadre d’une plainte contre X déposée par l’ancien directeur du service des sports de la commune pour des faits de harcèlement moral. Le maire doit être entendu en qualité de témoin assisté. Le soupçonnant d’être impliqué dans l’affaire et refusant que la commune prenne à sa charge ses frais d’avocat, l’opposition s’abstient. Heureusement, une blague de Joël Scagnolari - inaudible dans le public - détend l’atmosphère et occasionne même un petit chahut d’écoliers.

22h40 Point huit. La demande d’autorisation d’éditer une brochure touristique qui aura pour titre « Lambesc, le Versailles Aixois », est l’occasion pour l’opposition d’une franche rigolade. « Les touristes vont être déçus ! », s’amuse Joël Scagnolari.

22h47 Jean-Philippe Labrouve interpelle le maire sur l’incident entre Sylvie Pellegrin et Raymond Batside : « Bien que je comprenne ses raisons, je trouve anormal que ce soit elle qui soit obligée de partir. » Toujours aussi sanguin, le conseiller d’opposition demande le droit de répondre. Ce que lui refuse le maire en le sermonnant gentiment : « Pour que tu parles pendant le conseil, il faut que je te donne la parole. Je ferai des excuses et j’espère que tu en feras aussi. »

22h50 Bernard Ramond clôt la séance. Mais c’est à Raymond Bastide que revient le mot de la fin. En catimini, il offre un joli doigt d’honneur à l’opposition.

Jean-François Poupelin

FICHE TECHNIQUE / LAMBESC

- 8.000 habitants dans les Bouches-du-Rhône, surnommée « Le Versailles Aixois »

- Le Maire : Bernard Ramon (UMP), depuis 1995
- La majorité : Un groupe de 23 élus « Pour que vive Lambesc »
- L’opposition : Un groupe de 6 élus « Lambesc autrement »

- Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
- Durée : 2 heures 05 minutes
- Présents : 21 élus de la majorité et l’opposition au complet
- Temps de parole cumulé de l’opposition : 42 minutes.
- Le public : six personnes, journalistes compris.

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