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Josiane Beaud, directrice générale de la RTM

le 1er/06/2007

Josiane Beaud, 58 ans, vient de prendre la direction générale de la Régie des Transports Marseillais. Avec pour mission à peine voilée de préparer la privatisation.

La vie duraille « J’fais des trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous. Des trous d’seconde claaaasse, des trous d’première claaasse ! » Hé, hé, pour sûr, un trou de première classe, ni fleurs ni couronnes, que je leur prépare aux syndicats, ils ne vont pas me chauffer les oreilles longtemps, ceux-là ! Mais laissez-moi me présenter. Je suis Josy, la nouvelle loco de la RTM. Après un DEUG de droit, je ne suis pas énarque ou X, je me suis faite à la force du poignet moi monsieur, j’ai commencé dans l’administration : préfecture, tribunal administratif... J’ai également fait un petit détour par la CUL (Communauté urbaine de Lyon) comme directeur général des services, du temps de Raymond Barre, avant qu’il ne vomisse ses derniers relents antisémites pour mieux sombrer dans un coma profond d’où il ne ressortira probablement jamais, amen. Mais la majeure partie de ma carrière, je l’ai faite à la SNCF. Le rail, c’est ma passion, on ne risque pas la sortie de route comme ça. Bref, je regardais passer tranquillement les trains entre les vignobles et les champs de moutarde à la direction régionale de la SNCF Bourgogne quand un jour Gaudin demande à sa vieille copine Idrac, ex-« Juppette » et remplaçante de Gallois à la tête de la SNCF : té dis-moi, Anne-Marie, qui tu connais de biengue comme il faut dans les transports pour remplacer Girardot à la éReuTéhèMeu, peuchère, qu’il veut retourner chez les Parisiengues à la RATP ? Pas de problème qu’elle lui répond la patronne, il y a bien la Josy, bon petit soldat dévoué, et puis dure à la tâche avec ça. Banco, qu’il a dit Jean-Claude, et c’est ainsi que j’ai fait mon paquetage sur le champ, direction gare Saint-Charles. A Clermont-Ferrand, à Dijon, partout où je suis passée, ils me regrettent tendrement, les syndicats qui n’ont eu de cesse de dénoncer mes « qualités de manipulatrice », mon « autoritarisme méprisant », mes « pratiques managériales douteuses et dangereuses » (1). Ça a fini par dégénérer une fois, où lors d’une manif un cheminot m’a klaxonné dans l’oreille avec une corne de service. Ma méthode ? C’est de faire des rencontres bilatérales - diviser pour régner - avec les représentants syndicaux, et pendant ce temps, je réponds au téléphone toutes les 5 minutes histoire de les déstabiliser. Bref pour moi, le dialogue social, c’est le minimum... syndical ! Hi, hi, que je suis drôle, allez, je paie ma tournée de verveine ! A la RTM, J’ai clairement annoncé la couleur : « Mais il y aura également de la fermeté car les citoyens payent, au travers de leurs impôts, une partie de la couverture de nos transports urbains. Donc, nous leur devons un service minimum parce que c’est leur vie qui en dépend ». (2) Ah, le service minimum, le rêve d’une France qui marche au pas, le doigt sur la couture du pantalon et puis cet argument poujadiste des impôts, ça me fait autant frémir que de sniffer un pot de moutarde dijonnaise avant de recevoir dans mon bureau un délégué de SUD-Rail sous contrôle d’huissier. Si ce n’était que moi, j’interdirais purement et simplement le droit de grève, comme en Union Soviétique. Mais il y a plus malin : on privatise pour casser les syndicats des services publics, qui ont encore un peu de poids, et puis en même temps on précarise les conditions de travail dans le privé avec le désossement du code du travail, bien entamé sous Chirac. Comme ça pas besoin d’interdire les grèves, plus personne ne pourra se le permettre. Sur le dossier de la privatisation, le terrain a bien été préparé par mon prédécesseur, Marc Girardot. Frère de Paul-Louis « (administrateur de Veolia et mentor de Proglio, son PDG. Marc Girardot, outre le siège de DG de la RTM) occupait aussi celui d’administrateur de la CGMF, société d’Etat qui détenait 80 % de la SNCM. Et qui c’est qui est rentré au capital de la SNCM ? Qui c’est qui a récupéré le tramway en codélégation avec la RTM ? Veolia, bien sûr ! (3) C’était tellement pipé que personne d’autre n’a répondu à l’appel d’offres. Pourtant c’était alléchant, exploiter le tramway sans avoir mis un centime sur les 500 millions d’euros qu’a coûté le truc. Veolia, je les connais bien, on se fréquente dans les réunions de l’UTP, le syndicat professionnel des entreprises de transports publics. Ils attendent tranquillement comme les vautours perchés sur l’enseigne du croque-mort dans les westerns. Le croque-mort, je vous laisse deviner, le corbillard, je vous le dis, c’est le tramway. La délégation de service public a été taillée sur mesure pour servir de modèle pour la suite du détricotage. Et puis le tramway, ça va rentrer en concurrence avec le métro, les bus vont encore perdre du pognon, les gens vont râler, et du coup on pourra dire : Voyez le tramway géré par le privé ! Comme il est beau, comme il est neuf et qu’il rapporte des sous ! Vite, une délégation de service public pour l’ensemble des transports marseillais ! C’est sûr que ça va batailler sec, mais je tiendrais bon. Le combat social, c’est plus à la mode, la France est devenue un pays de vieux qui vote Sarko, je compte bien que les grévistes soient impopulaires. « Avantages acquis, régimes spéciaux, privilèges exorbitants, salauds de fonctionnaires... » A force de répéter la chanson, tout le monde chante en chœur le refrain. Et puis à 58 ans, je n’ai plus rien à perdre. C’est mon dernier boulot, alors banzaï, passage en force, et puis je ramasserais la légion d’honneur pour mes « bonzéloyaux » services avant d’aller faire des modèles réduits de train dans une maison de retraite subventionnée par le comité d’entreprise de la SNCF. Salauds de privilégiés !

Paul Tergaiste

(1) FO Bourgogne (2) La Provence, 21/05/2007 (3) Lire le portrait d’Henri Proglio, PDG de Veolia (Ravi n°26) et le dossier « Veolia Connexion » (Ravi n°41)

@-Leravi - http://www.leravi.org