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Arles, conseil municipal du 26 avril 2007

le 2/05/2007

18h00 Au moment où Hervé Schiavetti, maire et conseiller général PCF d’Arles, ouvre la séance du conseil municipal, le grand reporter du Ravi quitte tout juste Fos-sur-Mer. Un bouchon à la sortie de Marseille (accident sans gravité), puis un camion de Silim Environnement immobilisé sur la voie d’arrêt d’urgence un peu après la bifurcation vers Lyon et, enfin, une erreur d’itinéraire au moment de quitter l’A7 pour l’A55 l’ont mis en retard. C’est mathématique : plus l’automobiliste avale les kilomètres, plus il est soumis à ce type d’aléas...

18h22 Au fond d’une cour intérieure pavée, derrière une lourde porte en chêne entrouverte du premier étage, le conseil suit studieusement la présentation par Hervé Schiavetti du projet de réhabilitation des anciens Ateliers SNCF de la ville (6 000 m2 de locaux). Exception faite des scènes kitchs et bucoliques incorporées aux boiseries, la salle, comme le parvis de l’édifice du 17e siècle, est magnifique. Seul inconvénient : sa disposition. Les bureaux des élus sont pratiquement collés aux murs. Au milieu, une vaste zone démilitarisée sépare le premier magistrat, et ses principaux adjoints, des conseillers de l’opposition.

18h25 Nora Makhlouf, adjointe à l’enfance et à la formation professionnelle, entre par une porte dérobée, à gauche au fond de la pièce, et s’installe nonchalamment sur la rangée occupée par le maire. Petit, engoncé dans un costume terne et les traits tirés, Hervé Schiavetti donne l’impression de subir la situation. Sa voix est fatiguée et ses mains se baladent du dessus au dessous de la table, où il les coince entre ses genoux.

18h26 « Je n’aurais pas pensé qu’un maire communiste fasse débuter des travaux un 1er mai ! », s’amuse Marguerite Arsac (Alliance arlésienne, UMP), avant de s’étonner du manque d’enthousiasme des entreprises pour ces nouveaux bâtiments.

18h35 Sans raison, Jean-Christophe Moullet, blondinet centriste de l’opposition, s’esclaffe niaisement.

18h37 Pierre Raviol (Alliance arlésienne) sort de la salle du conseil, son téléphone à l’oreille. Trente secondes plus tard, il rentre en se grattant l’entrejambe.

18h44 Jean-Luc Masson, adjoint à l’aménagement du territoire et aux grands travaux, s’attaque au second gros dossier de la séance : les dispositions du plan Rhône pour sécuriser Arles contre les inondations. Celles de 2003 sont encore dans tous les esprits. Mais l’élu s’exprime sans passion, la tête basse, et rapidement l’assistance décroche : un fonctionnaire municipal fait la distribution de prospectus sur l’enseignement supérieur dans la ville. Ginette Chabrol, ajointe aux personnes âgées, se lève pour faire la bise à un des rares spectateurs. Nicolas Koukas, adjoint aux droits de l’homme et à la démocratie, prend la direction de la porte dérobée en marchant sur des œufs pour ne pas faire grincer le plancher... La hauteur des plafonds impose à chacun la discrétion.

18h57 « Je peux répondre ? », interroge Jean-Luc Masson en se tournant vers Hervé Schiavetti. La conseillère d’Alliance arlésienne conteste le positionnement des protections du plan Rhône sur différents points techniques, « avant de laisser la place à notre spécialiste », précise-t-elle. Le maire opine puis se replonge dans ses papiers. Son adjoint, qui défend sans grande conviction un projet porté par l’Etat, insiste du regard pour l’impliquer dans le débat. Hervé Schiavetti lui offre une grosse minute d’attention.

18h59 « Je ne veux pas rallonger », attaque Pierre Raviol, le « spécialiste » de l’opposition. « Si, le sujet est important », coupe poliment Hervé Schiavetti. L’élu d’opposition ne se fait pas prier et se lance, d’une voix chantante et volontaire, dans un exposé... aussi passionnant que celui de Jean-Luc Masson.

19h08 Pendant que Danielle Ducros, adjointe à l’exécution budgétaire et à l’administration générale, et son collègue de l’aménagement du territoire se disputent un micro, Hervé Schiavetti clos la discussion. « Nous avons demandé que la protection se situe le plus au Nord possible », explique-t-il, le regard fuyant, le buste en avant et les mains une nouvelle fois coincées entre ses genoux. Et de trancher, en envoyant une œillade rapide à une septuagénaire qui se tient la tête entre les mains dans le public : « Aujourd’hui, une habitante attend des certitudes. Le dossier est chez le préfet. Après, il faudra mettre en place le financement. Pour l’instant, sur les 100 millions d’euros du projet, l’Etat s’est engagé sur 4 millions par an. Il faudra donc qu’il s’implique plus fortement pour assurer la protection de la ville. »

19h15 La délibération est votée à l’unanimité.

19h32 « Cette fois, c’est moi qui ne participe pas au vote », avertit Jean-Marie Scifo (Arles Passionnément, CPNT), tout aussi urbain que le reste de l’assemblée. « Mon association a été retenue pour cette délibération. »

19h39 Christian Mourisard, adjoint au tourisme et au patrimoine, annonce que la ville a obtenu des crédits pour démarrer son « plan de sauvegarde du patrimoine de la ville ». L’enjeu semble d’importance car Hervé Schiavetti sort pour la première fois de sa langueur : « Il a fallu 20 ans pour qu’Arles obtienne le statut de secteur sauvegardé ! Je remercie les fonctionnaires de l’Etat et l’adjoint au patrimoine pour l’immense travail qui a été fait. »

19h41 Grâce à un coup de poing judicieusement dosé, Patricia Boucharat-Montagnier, adjointe à l’aide sociale d’urgence, prend le dessus sur Philippe Martinez, adjoint à la Camargue Sud... et gagne la dernière livraison du journal municipal.

19h54 Marguerite Arsac range consciencieusement ses affaires et quitte, sans un mot la séance. Alain Carrière, son colistier, en profite pour poser sa première question. Les paumes tournées vers le plafond, Pierre Raviol s’en excuse silencieusement.

19h56 Un léger brouhaha s’est installé depuis quelques minutes. La nouvelle ambiance motive Jacques Bachevalier, tout à la justification du maintien de la licence « Patrimoine » d’Arles malgré la faiblesse des effectifs. « La ville a une architecture exceptionnelle », s’enthousiasme l’adjoint à l’enseignement supérieur, avant d’interpeller Christian Mourisard : « Cher collègue, classée au patrimoine mondiale de l’Unesco... » Et de rigoler, au milieu d’une poilade générale : « Pas toi, tu as encore de belles années ! » L’intéressé boude.

19h59 Porté par l’euphorie, Hervé Schiavetti se fait à son tour badin. « Nous ne sommes pas là pour vous empêcher d’aller à votre réunion politique [meeting le soir même de Roland Chassain, député UMP de la circonscription, Ndlr] », lance le maire à Pierre Raviol en attaquant la lecture des délibérations additionnelles. Avant d’ajouter : « Présentez mes excuses à Marguerite Arsac. »

20h07 « Je suis surpris, je n’ai pas vu les pièces de ce marché », s’étonne Jean-Luc Masson à la lecture de l’ultime délibération (attribution de la troisième tranche des travaux de rénovation des arènes de la ville). Dubitatif, il est à deux doigts de demander son report. Mais Hervé Schiavetti a décidé de soutenir son adjoint au patrimoine : comme toutes les autres, elle est votée à l’unanimité.

20h12 Alors que les conseillers s’apprêtent à se lever, Jean-Christophe Moullet demande la parole. Il déplie une feuille manuscrite et annonce « son retrait du groupe Alliance arlésienne à la demande de sa section UDF ». Après avoir remercié ses anciens partenaires, il conclue, avec une pointe d’ironie : « Les portes du Parti démocrate [la nouvelle formation de François Bayrou, Ndlr] sont ouvertes à toutes et à tous. » « Nous le notons », promet poliment Hervé Schiavetti, avant de proposer l’agenda municipal du mois de mai.

20h14 Le maire clos la séance d’un « merci et bon deuxième tour » toujours aussi courtois.

Jean-François Poupelin

ARLES / FICHE TECHNIQUE
- 53 100 habitants.
- Le maire : Hervé Schiavetti (PC) depuis 2001. Egalement conseiller général. Attaché d’administration territoriale, 50 ans.
- La majorité : Un groupe de 21 conseillers de la liste Arles ensemble (PC et société civile) et de 14 conseillers de la liste Arles Plurielle (PS, Verts, Radicaux et non-inscrits).
- L’opposition : Un groupe de 8 conseillers de la liste Alliance arlésienne (7 UMP et 1 UDF) et un groupe de 2 conseillers de la liste Arles passionnément (CPNT).
- Le conseil municipal soumis au test du Ravi :
- Durée : 2 heures 14 minutes.
- Présents : 26 élus de la majorité et 6 élus de l’opposition.
- Temps de parole cumulé de l’opposition : 32 minutes.
- Le public : 11 personnes, journalistes compris.

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