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« Le militaire se vend bien »

le 1er/06/2008

L’armée a très officiellement obligation de s’occuper de la reconversion de ses militaires sous contrat. Une mission qu’elle remplit avec attention et efficacité. Pour le plus grand bonheur des entreprises.

« Goût de l’effort, gestion du stress, éthique, rigueur, esprit d’équipe, professionnalisme. » Chargé du placement des militaires en fin de contrat, le capitaine Miroufe, responsable de l’Agence pour l’emploi des militaires de l’armée de terre (AEM) de Marseille (1), n’est pas avare en superlatifs lorsqu’il s’agit de vendre ses hommes. La fin de la conscription en 1997 a obligé la grande muette à recruter à tour de bras. Essentiellement des contractuels (trois à quinze ans, renouvelables ou non, selon les armes) qui n’ont pas vocation à rester dans l’institution ad vitam : la chair à canon se doit d’être fraîche. Plus de 30 000 militaires quittent donc l’institution chaque année. « Le maintien d’une armée jeune implique des flux d’entrées et de départs importants », reconnaît le lieutenant-colonel Bret, responsable du Centre interarmées de reconversion (CIR) de Marseille.

Le recrutement se doit d’être à la hauteur. La promesse d’une formation et/ou d’une reconversion est devenue depuis quelques années un produit d’appel pour attirer la jeunesse. En particulier dans l’armée de terre, la plus gloutonne. « Engage-toi, nous nous engageons » est le slogan d’une de ses dernières campagnes. Pour convaincre de ses bonnes intentions, l’armée a même consacré en 2005 le droit à la reconversion dans le statut général des militaires. Et la grande muette tient ses promesses. « L’année dernière, j’ai placé 199 personnes, 80,4 % des militaires qui sont passés dans mon service », assure le responsable de l’AEM de Marseille. Et de claironner : « Si j’en avais eu le double, j’en aurais placé le double. Le militaire se vend bien. » Un taux qui s’élève à 60 % toutes armes confondues. Ce qui reste quand même exceptionnel : l’ANPE affiche seulement 42 % de reclassement.

Contrairement à l’Agence nationale pour l’emploi, dont les crédits sont constamment rognés, l’armée a les moyens de ses ambitions. Elle dispose d’un budget 14 fois supérieur à l’ANPE pour chaque militaire qui fait la demande d’une reconversion (2) : 10 500 euros contre 730. Chiffre qui grimpe à 24 146 euros en comptant le versement de l’allocation chômage (de son ressort, pour 24 mois maximum). Et ce n’est pas tout : si les dispositifs d’accompagnement sont ceux de l’ANPE (bilan d’orientation, formation, accompagnement à l’emploi...), le service est dans l’armée particulièrement personnalisé : un conseiller militaire gère 13 candidats lorsqu’un agent ANPE croule en moyenne sous 150 dossiers. Les militaires bénéficient d’une période de reconversion confortable de quatre années : une avant la fin du contrat, trois après... Le suivi frôle parfois le harcèlement. « On combat l’oisiveté et le laisser-faire. Il m’arrive parfois d’appeler quatre fois dans le mois un candidat », assure le capitaine Miroufe. Nous avons la culture du résultat. »(3)

« Alors qu’il devrait y avoir une égalité de moyens entre tous les demandeurs d’emploi, voire une attention particulière en faveur des personnes les plus en difficulté, le gouvernement fait le choix de favoriser une population spécifique », peste Daniel Mémain, délégué régional Midi-Pyrénées Sud-ANPE. Est-ce qu’un militaire qui bénéficie déjà d’une image plus positive qu’un Rmiste a vraiment besoin de tout cet arsenal ? » Chômeurs et militaires de rang (4) sont en effet dirigés vers les mêmes secteurs : le transport, le BTP, la logistique, la sécurité, la restauration... « Par manque de temps et de moyens, et à cause d’outils biaisés et de la culture du résultat qui s’est installée, les jeunes sans qualification sont le plus souvent orientés vers ces métiers. Pourtant, une large majorité des agents ANPE souhaitent que les demandeurs d’emploi gardent le choix de leur travail », se désespère Daniel Mémain. Une philosophie que ne partage pas l’armée, bien plus pragmatique. « Le ministre souhaite des projets réalistes et réalisables. Nous travaillons donc sur une cohérence entre les désirs, les compétences et le marché du travail. Mais toujours en s’adaptant au marché du travail », explique Laurent Gravegeal, cadre « appui et gestion » à la direction régionale de l’ANPE détaché auprès du CIR de Marseille.

Les entreprises du bassin d’emploi marseillais apprécient. Elles sont aujourd’hui 250 à faire appel aux services du capitaine Miroufe et de plus en plus nombreuses à signer des partenariats avec l’armée (Suez, Axa, Bouygues, Sodexho...). Cette dernière cherche en effet à connaître au mieux leurs besoins pour travailler sur la qualification de ses hommes sur le départ. « Par rapport aux autres institutions, notre force est de mettre en adéquation la demande de l’employeur et le candidat », assure le lieutenant-colonel Bret. Le capitaine Miroufe a une autre explication de l’engouement des entreprises : « Elles apprécient particulièrement le savoir être du militaire. » Il a tout de l’employé idéal : compétent, travailleur et, surtout, aux ordres.

Jean-François Poupelin

1. Chaque arme a son service spécifique. En 2009, il n’y en aura plus qu’un seul, interarmées.

2. La reconversion est volontaire. En 2006, un peu plus d’un tiers des « démobilisés » a fait la demande de prestations.

3. « En contrepartie, il n’y a pas les mesures classiques de coercition de l’ANPE », assure le lieutenant-colonel Bret.

4. Les sous-officiers poursuivent généralement leur carrière civile dans leur domaine d’étude (la réparation navale pour les marins, Eurocopter pour les avionneurs), les officiers se partagent entre les ressources humaines, l’immobilier et la gestion patrimoniale.

@-Leravi - http://www.leravi.org