Dans l’attente d’un parloir

décembre 2006
Aux abords des Baumettes, « endroit répugnant » où débute une longue rénovation, une poignée d'irréductibles animateurs d'un centre associatif tente d'accueillir dignement les familles.

Dans la famille des prisons insalubres et indignes, je demande… les Baumettes. Avec près de 1500 pensionnaires, l’établissement qui cumule une maison d’arrêt, un centre de détention et un centre pour peines aménagées, est de loin le plus grand en Paca. Sa rénovation, longtemps annoncée, a débuté. « C’est un événement historique et cela va coûter aussi cher qu’une prison neuve », affirme, lyrique, le directeur régional de l’administration pénitentiaire. Soit 133 millions d’euros. Mais attention ! Les travaux, programmés jusqu’en 2014, vont débuter par la périphérie. « Ils commencent par là où ils devraient finir, le mur d’enceinte, les portes, les miradors, déplore Isabelle Portal, déléguée marseillaise de l’Observatoire international des prisons. Pourtant les cellules sont insalubres. Il est urgent d’agir ! » En février, Alvaro Gil-Robles, l’ancien commissaire européen aux droits de l’Homme, a qualifié les Baumettes « d’endroit répugnant (…) à la limite de l’acceptable, à la limite de la dignité humaine. » 10rv36red_baumettes.jpg Dans une galerie marchande à proximité de l’entrée de la prison, le Centre d’accueil des Baumettes (CAB) offre, depuis 1999, ses services aux familles de détenus en attente de parloir. Espace associatif, animé par deux salariées et plus de vingt bénévoles. On y trouve boissons chaudes, un coin jeu pour les jeunes enfants, une écoute, toutes les informations et les contacts utiles. A l’image de la sociologie des personnes emprisonnées, beaucoup de familles très modestes, ou d’origine étrangères, poussent la porte du local du « CAB ». « Au départ, le projet comportait un espace de restauration rapide, des chambres pour les familles qui venaient de loin, une halte-garderie également destinée aux enfants du quartier, des ateliers de qualification pour les anciens détenus, souligne Araxie Gagachian, animatrice du centre et déléguée régionale de la Farapej (Fédération associations réflexion action prison et justice). Nous avons dû à l’arrivée nous contenter d’un projet minimal faute d’argent. »

Les demandes les plus fréquentes consistent à aider les familles à comprendre la procédure pour obtenir un permis de visite. Et à essayer, en bonne intelligence avec l’administration pénitentiaire, de résoudre les problèmes qui se posent : tel détenu n’est pas venu chercher au vestiaire le linge qu’on lui a déposé, telle femme n’a pas réussi à réserver le prochain rendez-vous sur la borne électronique installée à cet effet. La durée d’un parloir est légalement de 30 minutes, souvent raccourcie. Les prévenus peuvent en bénéficier de 3 par semaine, 2 pour les condamnés. Parfois, il y a le drame des « parloirs blancs ». Le visiteur n’est pas à l’heure, a raté un bus, ou bien le détenu a été convoqué chez le juge sans qu’on prévienne la famille… Visiteurs ou visités se retrouvent alors devant un parloir vide. Sans explications et sans moyens d’en obtenir. « Souvent, lors de pareilles situations, les personnes s’évanouissent. »

La moyenne de détention aux Baumettes est de 9 mois. Beaucoup en sortent donc vite mais beaucoup aussi y reviennent tout aussi vite. A la sortie, les problèmes se multiplient : rares sont, par exemple, les employeurs qui réembauchent sans sourciller quelqu’un passé par la case prison. « La prévention existe à l’extérieur, cela devrait être aussi le cas à l’intérieur, regrette Araxie Gagachian. La prison devient parfois l’école du crime car on s’y ennuie pendant des heures en se racontant des bêtises. Pour combler le désespoir du temps qui s’écoule, on apprend tout un tas de choses, des mauvais coups à faire… Beaucoup ont trois fois plus la rage lorsqu’ils ressortent. » Par pragmatisme, le CAB s’inscrit dans une logique de coopération avec l’administration pénitentiaire afin de trouver les modalités pour résoudre les problèmes. « Nous ne sommes pas des redresseurs de torts. Notre posture n’est pas critique ou idéologique. » Au quotidien, les bénévoles et les salariés du centre doivent faire face à l’urgence et souvent, au désespoir, d’une centaine de demandes. Tous les jours, 600 personnes se pressent devant les lourdes portes des Baumettes pour attendre un parloir…

Michel Gairaud