Les rêveries d’un premier adjoint solitaire…

octobre 2005
L'ombre tutélaire de Jean-Claude Gaudin agace dans son propre camp les prétendants à la succession. Au premier rang desquels, Renaud Muselier, fils de Paca désoeuvré...

Alors qu’au sein de la gauche locale les querelles de courants n’en finissent toujours pas, la droite marseillaise semble elle aussi rattrapée par cette agitation préélectorale. Des voix discordantes s’élèvent à l’intérieur de la majorité municipale. En tête : Renaud Muselier, l’éternel numéro deux à la mairie – comme lors de son passage au ministère des affaires étrangères – semble vouloir réinvestir avec force l’échiquier politique et réaffirmer ses ambitions locales.

Tout a débuté à la fin de l’été. Profitant des vacances de Jean-Claude Gaudin en Irlande, lieu d’exil par excellence, le bouillonnant premier adjoint déclare à la presse (Le Dauphiné Libéré du 28/08/05) sa décision d’aller briguer, pour les législatives de 2007, la deuxième circonscription (6ème et 8ème arrondissements) détenue pourtant par un UMP, Dominique Tian, et surtout fief historique de Jean-Claude Gaudin depuis 1978. Interrogé, le député maire de secteur Dominique Tian, qui n’était visiblement pas dans la confidence, se dit « consterné par une telle décision ». Raison évoquée par Renaud Muselier, chez nos confrères du Dauphiné : « Je fais en sorte que Gaudin me prouve son attachement ». En temps normal, ce genre de déclaration relève du dépit amoureux ! Mais après sa défaite aux élections régionales et son éviction du gouvernement Villepin, le premier adjoint à la ville de Marseille semble manifester un grand besoin de reconnaissance. Pourtant la République s’est montrée généreuse : après son C.D.D au gouvernement, le « fils de paca » a été fait chevalier de la légion d’honneur, puis nommé chargé de mission à la Présidence de la République pour les français de l’étranger. En clair, Renaud Muselier dispose d’un bureau et d’une secrétaire à l’Elysée. Autant de petites attentions pour verser du miel sur son amertume. Pourquoi alors prendre le risque de créer des tensions au sein de la deuxième fédération UMP de France ? « Renaud Muselier cherche à occuper l’espace politique et à créer un rapport de force », nous explique Marc Benzi, conseiller municipal UMP et fidèle lieutenant de « Muso ». Et d’ajouter encore, en certifiant que le premier adjoint a pris sa décision de manière collégiale avec Bruno Gilles : « Quand vous n’êtes plus parlementaire personne ne vous calcule ! Le plan réel de Renaud Muselier, est de se présenter dans deux ans aux législatives dans la deuxième circonscription, d’être élu puis, un an plus tard, de démissionner au profit de Dominique Tian, afin de se présenter cette fois aux sénatoriales. Son véritable objectif. »

Une stratégie un rien alambiquée ! De quoi attraper des torticolis mentaux ! Reste qu’au-delà de ces velléités d’OPA politiciennes sur telle ou telle circonscription, la vraie question demeure celle de la cohabitation et de l’espace laissé par le sénateur maire à son supposé dauphin. Car les liens qui unissent les deux hommes, relèvent plus d’un mariage de raison que d’amour. Beaucoup de choses séparent le chef et son dauphin : l’âge, le parcours, l’origine sociale… Jean-Claude Gaudin est issu d’un milieu modeste, sa carrière s’est bâtie sur la confrontation avec des ténors politiques: Defferre, Tapie ou Le Pen… Muselier, lui, a bien du mal à se défaire de l’étiquette de l’éternel héritier : descendant de la famille royale d’Albanie, mais également petit-fils de l’amiral du même nom (inventeur de la croix de Lorraine), c’est feu Maurice Toga qui l’a soutenu et imposé au RPR. « Jean-Claude » et « Renaud » savent bien que leur tandem peu probable entre un « DL » (démocratie libérale) et un « RPR », forgé en 1995, est pour l’instant le meilleur talisman contre une gauche divisée. Reste que le menhir Jean-Claude Gaudin projette une ombre de plus en plus large, qui contrarie tous les aspirants au pouvoir avides de lumière. Phénomène que résume ainsi Jean-Marc Benzi : « La droite s’est « Gaudinisée » mais Gaudin, lui, s’est incontestablement « Defferrisé ». » Avec le risque que cela peut entraîner chez certains « impatients ». Celui de confondre désir de succession et révolution de palais.

Rafi Hamal

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