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A Venelles, va y avoir du sport !

Mieux vaut parfois être souple sur un tatami...
le 23/08/2019

Ah ! Venelles, la « ville qui respire le sport » : sa piscine, son futur « parc des sports »... et son club de judo. Où l’on cultive la « voie de la souplesse ». Mais des fois, ça coince.

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Gageons qu’il n’y passera pas ses vacances. Au conseil municipal de Marseille en février, le socialiste Benoît Payan lâche : «  Moi-même, j’ai du mal à mettre Venelles sur une carte !  » Grimace du prof d’histoire-géo Jean-Claude Gaudin. Car la géographie, ça sert à faire la guerre. C’est pour dénoncer le coût du Vélodrome - et proposer sa prise en charge par la métropole - que l’élu d’opposition rappelle que, par l’entremise de cette dernière, «  les Marseillais paient une piscine 4 étoiles à Venelles  ».

En retour, Arnaud Mercier, le maire (DVD) qui, officiant aussi à la métropole, s’étrangle dans son communiqué : «  Le seul moment où les Marseillais "paient" pour cette piscine, c’est quand ils achètent les tickets d’entrée.  » Rappel d’un ancien de la communauté du pays d’Aix : «  Lancer des programmes pour des établissements qui allaient être la charge de la métropole, c’était presque une discipline olympique.  » C’est d’ailleurs le champion de natation (et élu aux sports marseillais) Frédéric Bousquet qui a inauguré les bassins à 30 millions.

Qualification aux prud’hommes

Mais Venelles, c’est «  la ville qui respire le sport  ». En témoigne le futur «  parc des sports  ». Ou les subventions aux associations sportives. Sur les 300 000 euros distribués, elles se taillent la part du lion. Derrière le volley et le basket, le judo club, avec 35 000 euros, touche presque un dixième de l’enveloppe. «  Et cette année encore, malgré la baisse des dotations que subissent les collectivités, on les a maintenus  », s’enorgueillit Françoise Weller, l’élue à la culture qui remplace en ce moment son collègue chargé des sports.

Fin avril, c’est aux prud’hommes que le club va faire parler de lui, plusieurs salariés, en contrat aidé, s’étant retournés contre l’association qui, pour sa défense, fait appel au bâtonnier d’Avignon. Les griefs ? Au-delà de la question des «  minima conventionnels  », «  l’absence de formation  » qui, d’après leur conseil, devrait entraîner la «  requalification en CDI  » et la rupture en «  licenciement sans cause réelle et sérieuse  ».

Courant 2017, l’inspection du travail avait demandé, entre autres, la mise à jour du «  registre du personnel  », la vérification des « installations électriques  », le rattachement à un «  service de santé au travail  » et à ce que les «  horaires de travail  » soient enregistrés. Dans son compte-rendu, l’inspecteur, reçu par le directeur de l’association, écrit : «  Vous m’avez informé que les salariés qui bénéficient d’un Contrat d’accompagnement vers l’emploi sont payés à un taux horaire inférieur au minimum prévu par la convention collective [qui] prévoit une majoration du Smic. Cette majoration n’a pas été appliquée. Vous régulariserez la situation et vous me le justifierez.  »


Un dossier sur lequel la mairie refuse de s’exprimer, nous renvoyant vers le club. Son président, Jean-Louis Garcia, préférerait qu’on mette en avant le petit millier d’adhérents, l’accueil des «  scolaires  » ou les « bons résultats  ». Et nous assure qu’il y a eu «  rattrapage  » des minima. Que les «  formations  » ont été prodiguées. Et que ces «  procédures [le] minent. Quand on s’occupe d’une association, on ne s’attend pas à se retrouver aux prud’hommes  ».

Atterrissage non contrôlé

Le départ du directeur - qui, aujourd’hui, se partage entre Venelles et le Sénégal tout en continuant à officier, mais à titre bénévole, au sein du club - s’est déroulé dans de toutes autres conditions. Avec un salaire de près de 2 500 euros, il a eu droit, en juillet 2017, à une « rupture conventionnelle  » avec « 40 000 euros  » d’indemnités.

Juste avant, le 27 juin 2017, le conseil municipal examine une demande de subvention «  exceptionnelle  » du club, «  suite à l’excellente saison en championnat de France, Europe et Monde et pour tenir compte des frais supplémentaires occasionnés par le haut niveau  », estimés à «  50 000 euros  ». Le club demande 20 000. En obtient 10 000.

RAS pour la mairie. Et Garcia certifie que cela n’a «  rien à voir  » avec le départ du directeur. Son club bénéficiera, un an plus tard, d’une autre subvention «  exceptionnelle  » : «  3000 euros  » pour la «  réfection de son parking  », ce dernier ayant «  été utilisé ces dernières années comme zone d’atterrissage pour les hélicoptères lors d’intervention d’urgence  ». Une demande qui a surgi peu après un dramatique accident de la route.

Et le président du club, rappelant qu’il a été élu sous la précédente majorité - celle de Robert Chardon, poussé à la démission après s’être dit pour «  interdire le culte musulman  » puis battu par Mercier - de nous montrer la photo de son judo club : «  Un ancien bâtiment industriel que l’on loue. Alors, à la place de mon vieux dojo, j’espère en avoir un tout neuf.  » Un projet qu’il estime à «  2 millions d’euros  » et qui devrait trouver sa place au sein du «  parc des sports  » qui se construit, avec le soutien de la métropole et du Conseil départemental, autour du centre nautique.

Sauf que, même si Venelles accueillera en mai la 14ème édition d’un «  tournoi international  », le judo est loin de bénéficier d’une couverture médiatique conséquente : «  On aura un article dans La Provence. En France, il n’y en a que pour le foot ! Après, c’est sûr que c’est plus simple. Il suffit que le ballon soit au fond des cages. Alors qu’au judo, difficile parfois de savoir qui a gagné quand les deux bonshommes sont à terre...  » Gageons en tout cas qu’aux prud’hommes, va y avoir du sport !

Sébastien Boistel

Enquête publiée dans le Ravi n°172 daté avril 2019

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