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Marseille : Le tango des frères ennemis

le 1er/10/2007

A Marseille, l’annonce de la candidature de Jean-Noël Guérini pour le PS face au sénateur-maire UMP sortant Jean-Claude Gaudin entraîne une recomposition du paysage politique local. Car dans les deux camps, l’heure est à « l’ouverture ».

Fin de suspens à Marseille. Jean-Noël Guérini, 56 ans, président PS du Conseil général des Bouches-du-Rhône, s’est lancé dans la bataille des municipales. Il affrontera le sénateur-maire sortant, l’UMP Jean-Claude Gaudin, élu depuis 1995, qui, à 68 ans, brigue un troisième mandat. L’homme fort de la 4ème fédération socialiste de France, a donc fini par sauter le pas. « Oui, je suis candidat », déclare-t-il solennellement et avec soulagement. Une annonce sans réelle surprise, tant la pression était forte. En effet, une deuxième impasse de sa part, après celle de 2001, aurait sans doute remis en question son statut de leader de la gauche. Dynamisés par l’investiture de leur patron et par l’unité retrouvée de leur turbulente famille, les socialistes marseillais se laissent aller à une douce euphorie.

« Il est clair qu’on va à la bataille pour gagner », assure Eugène Caselli, secrétaire de la fédération socialiste. Avec une volonté affichée : « Faire de ces élections municipales 2008 la fin d’un cycle, celui de Jean-Claude Gaudin. » Certains élus PS, comme la vice-présidente du Conseil régional Samia Ghali, n’hésitent pas à déclarer qu’un bon résultat est pratiquement acquis. « Les élections locales intermédiaires, comme par exemple les régionales de 2004, ont toujours été un instrument de protestation contre le gouvernement en place et ont donc toujours été profitables pour l’opposition », explique l’élue des quartiers Nord. De là à vendre la peau de l’ours...

Des certitudes alors que le projet socialiste ne sera dévoilé qu’en décembre. De gros dossiers qui donnent la migraine à Jean-Claude Gaudin y figureront : la propreté de la ville - « priorité des priorités » -, le logement social, la circulation et les transports. Pour l’heure, le candidat socialiste enchaîne les propositions dont certaines relèvent de la kermesse de parolier (« Marseille, ville olympique en 2020 », « Marseille doit dépasser Barcelone dans les 12 ans à venir »). Dans l’immédiat, le PS local a une équation difficile à résoudre : ses alliances.

Avec une difficulté supplémentaire : faut-il remettre le trio PS-PC-Vert au goût du jour ? La quasi disparition électorale de ses anciens alliés semble avoir résolu le sénateur Guérini à un choix très en vogue : la fin de la « partitocratie ». Pas question d’accords d’appareil, mais une invitation à l’élévation au dessus des contingences politiciennes. L’ingénierie électorale à la sauce Guérini n’exclue pas le débauchage individuel, mais le privilégie. Des personnalités du PC, comme le maire du 8ème secteur Frédéric Dutoit, ou celles du Modem sont les bienvenues. Sans compter quelques acteurs de la « société civile », à l’instar du sociologue Jean Viard, propulsé conseiller politique. Du côté de la droite, Jean-Claude Gaudin semble avoir pris la mesure du danger. S’il accueille la nouvelle sans apparente surprise - « Il est normal que le chef des socialistes du département conduise son camp » -, il n’a donc qu’une hâte : mettre l’UMP local en ordre de bataille. Avec comme stratégie, là encore... l’ouverture. « Nous voulons présenter des listes ouvertes partout », scande à qui veut l’entendre son premier adjoint Renaud Muselier. Une tactique qui s’annonce un peu plus simple que pour les socialistes. Philippe Sanmarco, ancien dauphin de Gaston Deferre, est tenté par l’aventure. Nicolas Sarkozy à largement devancé Ségolène Royal au second tour de la présidentielle à Marseille (56 %) et l’intimité entre l’UDF et l’UMP y est ancienne. Pourtant, la situation interne du futur parti de François Bayrou pose quelques problèmes. Allié depuis douze ans du sénateur-maire, l’UDF-Modem local est déjà en crise et risque l’éclatement au second tour : les anciens Verts Jean-Luc Bennahmias et Christophe Madrolle, qui l’ont rallié, penchent à gauche, alors que Jacques Rocca-Serra, son président départemental, qui travaille aux côté de Jean-Claude Gaudin depuis 1995, file plutôt à droite. La volonté d’ouverture clairement affichée par tous les candidats plonge le paysage politique marseillais dans un tourbillon de recomposition. Gaudin et Guérini cherchent chacun à marquer le point décisif, à trouver la combinaison gagnante pour la bataille finale. Celle de la mairie de Marseille.

Rafi Hamal

@-Leravi - http://www.leravi.org