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Paca, laboratoire sécuritaire

le 22/02/2013

Vidéosurveillance, police municipale, voisins vigilants... notre belle région est à la pointe !

Les temps changent. Il y a quelques mois, Marseille avait eu droit à une manifestation (cf le Ravi n°98) contre la vidéosurveillance. La cité phocéenne envisage en effet, pour 20 millions d’euros, de remonter dans le palmarès des villes les plus vidéosurveillées (1) en passant d’une centaine de caméras, début 2013, à près de 1800 en 2014 ! Changement d’ambiance en décembre : ce sont les policiers municipaux qui battent le pavé. En cause ? La volonté de la mairie, au vu du renfort d’une centaine de fonctionnaires, de les faire travailler en soirée (voire la nuit) et les week-ends. Ils dénoncent aussi le glissement de leurs missions depuis que Jean-Claude Gaudin s’est rallié à l’idée de les armer. «  On va d’abord être dotés de flash-ball puis de taser, explique un agent. Sauf qu’on n’a, pour l’instant, ni formation pratique ni même une armurerie digne de ce nom. Nous craignons qu’à terme on nous demande d’assurer des missions jusque-là réservées à la police nationale. Or, d’après nos statuts, on n’a pas le droit de faire du maintien de l’ordre.  »

Pour Antoine Iskandar, de l’intersyndicale, l’armement, « ça fait débat. Certains diront que c’est un échec. D’autres que cela peut sauver des vies.  » A Nice, où fut créée la première police municipale, il y a longtemps que la discussion est close. Au cœur d’une région où l’on trouve 20 % des policiers municipaux, le député-maire UMP Christian Estrosi chouchoute ses troupes : flash-ball, taser et même armes à feu ! En 2011, Jean-Claude Bourret a même animé les «  premières rencontres nationales des polices municipales  ». Et lorsque Valls eut le malheur de ne pas attribuer le label «  zone de sécurité prioritaire  » à Nice, le « motodidacte  » décida de s’en confectionner une, en faisant appel, entre autres, à des agents de sécurité privés !

Pour le sociologue (et niçois d’origine) Laurent Mucchielli, «  au-delà de cette caricature, Paca est un territoire très sensible aux questions sécuritaires. Les raisons sont autant historiques que politiques, le poids de la droite et de l’extrême-droite étant particulièrement important dans notre région.  » Emblème de cette posture ? Le député copéiste tendance « Droite pop’ » Bernard Reynès, dont la ville, Châteaurenard (13), avec une centaine de caméras pour 15 000 habitants, «  a longtemps été la première du département en terme de vidéo-protection ». Mais, avoue-t-il, «  ce n’est qu’un outil et ce n’est pas la panacée  ».

Voilà pourquoi il milite pour les «  cellules de citoyenneté et de tranquillité publique  » dont le maire est la cheville ouvrière : « Lancé il y a trois ans, ce dispositif existe dans une centaine de communes de la région. Et j’espère bien convaincre Manuel Valls de l’étendre au niveau national. » Pas question pour lui de « faire du maire un cow-boy. Ce qui compte, c’est d’apprendre à des acteurs qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble - le maire, le procureur… - à collaborer. Et faire en sorte, en «  désidéologisant  » ces questions, que la sécurité devienne l’affaire de tous.  »

Comme avec les «  voisins vigilants ». Un dispositif très en vogue en Paca. Et que veut mettre en place la pourtant paisible ville de Gap. Au grand dam de l’opposition : «  Le plus choquant, c’est que la gauche ne fait rien pour mettre fin à un dispositif promu par... Guéant !  », s’émeut le conseiller municipal (FASE) Jean-Claude Eyraud. Il faut dire que le dispositif a été jusqu’à séduire Mouans-Sartoux, la ville d’André Aschiéri, vice-président EELV à la Région. « Ce n’est pas de la délation, se défend-il. C’est simplement de la solidarité. Faire en sorte que les gens se parlent à nouveau et fassent attention les uns aux autres.  » Et d’ajouter : « On est une des rares communes du coin à refuser la vidéosurveillance. Jusqu’à quand ? Je n’en sais rien. La demande est forte. Certains sont prêts à payer pour avoir leur propre caméra…  » En attendant, André Aschiéri est «  incapable » de dire si cela a permis d’éviter un cambriolage.

Comment s’étonner de ce succès dans une région qui a vu naître, dans les années 90, les premières résidences sécurisées, qui, aujourd’hui, pullulent dans le Var et sur la Côte d’Azur ? Ce serait comme être surpris de trouver des sites internet, administrés en Paca, qui permettent d’acheter en toute impunité et en ligne gilets pare-balles, lunettes de vision nocturne et autres brouilleurs de communication. Car, comme le proclame l’un d’eux, « si la vie d’un homme n’a pas de prix, celle-ci a un coût ». Après tout, la cagoule est bien une coiffe traditionnelle en Corse...

Sébastien Boistel

A lire aussi d’autres articles rattachés à notre enquête, "police partout", co-produite avec Mediapart :

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(1) Classement établi par le site Owni, Nice arrivant en tête, suivie d’Avignon.

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