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Eldorado de la précarité

le 2/07/2005

Les professionnels se plaignent du manque de main d’ ?uvre ? Rien d’étonnant lorsqu’on se penche sur les conditions de travail et les salaires dans le secteur...

« Boulots mal payés et physiques. » Serge Nardelli, représentant fédéral du pôle tourisme-restauration de la CFDT , n’a pas d’état d’âme quand il doit qualifier des métiers de l’hôtellerie et de la restauration. Selon une publication de l’Insee réalisée en 2001 , toujours d’actualité selon le comité régional du tourisme, ces secteurs d’activités sont pourtant les principaux pourvoyeurs des quelques 80.000 emplois touristiques de la région (à 80 %, avec respectivement 35.204 salariés dans d’hébergement et 40.788 dans la restauration), devant les offices du tourisme et les agences de voyages (3.761), les remontées mécaniques (1.836) et le thermalisme (535).

Mais que ce soit sur le littoral (à 64 %), dans l’arrière pays (27 %) ou à la montagne (à 9 %), ces emplois touristiques gardent leurs principales qualités : celles décrites par le syndicaliste. L’institut statistique note en effet que les personnes qui « travaillent à un moment de l’année dans un des secteurs touristiques (sont) plus jeunes, moins qualifiées (et) connaissent plus souvent des conditions précaires d’emploi ». Les moins de 26 ans représentent ainsi un tiers des effectifs (50 % dans la restauration), le temps partiel est une réalité pour 30 % de ces salariés (dont 58 % de femmes), le travail saisonnier dans les mêmes proportions et les contrats de moins de quatre mois concernent 29 % d’entre eux. « 45 % des salariés du tourisme ont une autre activité salariée », souligne l’Insee.

Côté salaire, les chiffres sont à la hauteur : lors de la dernière étude, la rémunération annuelle dans ce secteur est en moyenne de 8.506 euros, contre 14.086 pour l’ensemble des salariés. Ramené au mois, cela donne du 1.021 euros - 1.321 euros. Mais seulement pour la moitié des privilégiés, l’autre se contentant de moins de 960 euros . Car en plus du temps partiel et du travail saisonnier, il faut préciser que les trois cinquièmes des travailleurs de ce secteur sont des employés (75 % chez les femmes)...

Gérard Rousseau, directeur adjoint de la Direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DDTEFP) du Var exagère donc à peine quand il estime qu’à « 80 à 90 % les emplois dans le tourisme sont des emplois non qualifiés et précaires ». Des caractéristiques qui, selon lui, ne sont pas sans liens avec les fraudes que son institution détecte chaque été. « Les salariés qualifiés veulent cotiser pour leur retraite et sont donc beaucoup moins enclins à accepter, par exemple, qu’une partie de leur rémunération ne soit pas déclarée », explique-t-il.

« Les emplois touristiques ? Des conditions de travails déplorables, des problèmes de logement et parfois même le racisme... » Serge Nardelli, secrétaire fédéral « tourisme-restauration » de la CFDT

Contrats à mi-temps mais travail à plein temps, repos journaliers ou hebdomadaires non respectés, heures supplémentaires non payées... Seul le travail au noir serait en régression selon le directeur adjoint de la DDTEFP du Var. Ce que conteste Serge Nardelli, qui rappelle : « l’hôtellerie-restauration est le second secteur après le BTP à user de cette pratique illégale. » Dépité, Gérard Rousseau convient d’ailleurs que « dans le Sud et le Sud-Est, la fraude est une gymnastique locale ; la culture méditerranéenne semble privilégier une reconnaissance sociale basée sur le revenu et non sur l’activité professionnelle, et la fortune issue du travail au noir est très valorisée ». Il avoue d’ailleurs à demis mots qu’avec seize inspecteurs, la DDTEFP du Var n’a pas d’autres solutions que de cibler ses actions.

Cette précarité dans les emplois touristiques - à laquelle il est aussi nécessaire d’ajouter « des conditions de travail déplorables, des problèmes de logement et parfois même le racisme », selon Serge Nardelli - n’est pas sans conséquences. Le turn-over est fréquent et un déficit d’emplois (60.000 à 80.000 en France) s’est désormais installé dans des secteurs comme l’hôtellerie-restauration. En-dehors des saisonniers professionnels, qui enchaînent saisons en montagne et saisons sur la côte, ces secteurs ne sont donc plus attractifs, notamment en termes de salaire. Une situation que le syndicaliste impute avant tout au patronat. « Le problème, c’est le lobbying de la chambre patronale dirigée par des chaînes comme Accor, explique le responsable de la CFDT. En contrepartie de la réévaluation du SMIC hôtelier et de créations d’emplois, elles ont obtenu 1,5 milliards d’euros d’aides publiques. Mais alors qu’il devait être revalorisé de 11 %, les entreprises ne l’ont augmenté que de 5,2 % et ont joué sur l’indemnisation des paniers-repas pour la différence. Et comme les employés se nourrissent souvent sur leur lieu de travail, elle n’est pas payée. Ce qui fait que ces derniers sont rémunérés en dessous du SMIC sans qu’aucun emploi n’ait été créé ! Et maintenant la chambre exige une TVA à 5,5 % avec les mêmes promesses ! »

Alors, le tourisme nouvel eldorado pour les chômeurs de Paca ? Peut-être s’ils visent les hôtels et villages clubs. Au moins, ces établissements ne sont en général pas régis par la convention collective des hôtels, cafés, et semblent privilégier les CDI. Mais les places y sont chères, ils ne génèrent pour l’instant que quelques milliers d’emplois.

Jean-François Poupelin

@-Leravi - http://www.leravi.org