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A Istres, plus c’est gros, plus ça passe

Les nouvelles tribulations de François Bernardini
le 9/01/2017

François Bernardini, un morceau de choix de ce que la « gauche » a pu engendrer dans les Bouches-du-Rhône : un maire traînant ses casseroles du PS au groupe LR de la métropole, désormais dans le viseur du parquet national financier…

Pour quelqu’un qui semble tout droit sorti d’une gravure de Daumier et qui traîne une méchante réputation et de sacrées casseroles, François Bernardini se montre tout particulièrement soucieux de son image. Depuis 2015, pour sa com’, le maire d’Istres (13) a recours, comme à Vitrolles, aux conseils de «  Paroles Publiques  ». C’est toutefois son cabinet qui gère nos demandes d’entretien. Et l’édile n’acceptera de répondre que par écrit et uniquement sur son parcours politique.

Dans les années 90, avant que la justice ne le rattrape, c’était l’homme fort du PS des Bouches-du-Rhône : patron de la fédération et du Conseil général. Mais aujourd’hui, comme le note Jean-David Ciot, le 1er fédéral du PS, «  à la métropole Aix-Marseille Provence, il est dans le groupe de Gaudin et s’affiche aux côtés de Renaud Muselier ou de Martine Vassal. Difficile de le voir encore comme un homme de gauche. Quand il avait demandé sa réintégration au PS, je m’y étais opposé.  »

Pour son entourage, le «  raccourci  » est «  un peu facile  ». Et de rappeler qu’il «  reste entouré d’hommes et de femmes de gauche  ». Son engagement au sein de la majorité à la métropole n’a «  pas de caractère politique au sens partisan  » puisqu’il «  ne participe jamais aux discussions politiques de ce groupe  ». Quant à ses prises de position, elles «  ne sont motivées que par le seul intérêt d’Istres  » et non le fait de «  calculs politiciens  ». Et sa com’ d’asséner : «  S’il n’est plus socialiste, il reste un homme de gauche.  »

Collaboration avec le FN

Un « homme de gauche » qui aligne dans sa majorité très « plurielle » un centriste ou l’ancien patron de la droite. Et qui a, face à lui, le PS, Les Républicains et la galaxie frontiste. Une nébuleuse avec laquelle il est de plus en plus à l’aise. Lors du conseil d’octobre, en voyant la frontiste Danièle Quésada dans sa lettre de démission souhaiter «  bonne chance à l’équipe  », le maire s’exclame : «  On peut voter FN et se retrouver à Istres dans une politique plus ouverte.  » Sourire du frontiste istréen Paul Mouillard : «  Danièle s’est mal exprimée et Bernardini a mal compris. Elle s’adressait à l’équipe du FN !  »

Et l’élu d’extrême droite de poursuivre : «  Si Bernardini s’était promis d’éliminer le FN, il semble avoir changé. Avec mon prédécesseur, c’était tendu. Avec moi, c’est plus tranquille. Je participe à la commission d’appel d’offres, à celle des finances... J’ai même intégré le bureau du conseil de territoire !  » Il faut dire qu’aux régionales, à Istres, le FN a dépassé les 50 %.

Colère d’un « ancien » : «  Comment voulez-vous qu’il en soit autrement face à un tel spectacle ?  » Pour Ciot, «  Bernardini, c’est un garçon intelligent mais qui renvoie une image d’affairiste  ». Même son de cloche de Robin Prétot, des Républicains : «  C’est quelqu’un de très fin politiquement mais qui, par son passé et ses méthodes, écorne l’image de la politique.  »

Enquête complexe et ramifiée

Passée au crible par la chambre régionale des comptes (CRC), sa gestion est en effet désormais dans le viseur du parquet national financier. Une institution née après l’affaire Cahuzac en charge, nous dit-on, «  des enquêtes particulièrement complexes, avec des ramifications à l’international et des personnalités d’envergure  ». Comme le note Pretot : «  Cela instaure un climat de défiance. Les gens font vite fi de la présomption d’innocence.  »

D’autant qu’en prime, le maire, ou son entourage, se distingue. Comme lorsque Bernardini se déclare à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique «  en recherche d’emploi  » (avec «  4500 euros  » d’allocations !) après avoir travaillé pour «  Médias du sud  » ou «  Le journal des plages  » pour des salaires entre «  4800  » et «  7640 euros  » (Lire ici l’article publié dans le Ravi n°137). Et ne parlons pas de sa directrice de cabinet et de sa villa (Lire ici l’article publié dans le Ravi n°134) dont la vente des terrains sur lesquels celle-ci était construite a été retoquée par la justice avant que Gaudin vole à sa rescousse avec une «  convention d’occupation  » pour ce domaine passé du San Ouest Provence à la Métropole.

Ancien de la mairie, Philippe Colonna nous confirme avoir reçu, comme bien d’autres personnes à Istres, une demande d’explication de la CRC : «  Je n’ai pas le droit d’en parler. Ce que je peux vous dire, c’est que, dans ma réponse, je leur ai raconté mes 40 années à la mairie d’Istres. En particulier ce qu’ils avaient "zappé".  » Et d’ajouter, pour ceux qui ont pu s’interroger sur sa capacité à se partager entre son boulot jusqu’en mai à la com’ de la ville et l’organisation du salon du vin de Marseille qui, cette année, a drainé 80 000 personnes : «  Vu l’ampleur de l’événement, je peux comprendre que cela soulève quelques interrogations. Mais on le fait sans aucune aide. Juste avec passion.  »

S’il a «  coupé les ponts  » avec celui qui, jadis, fut aussi un adversaire politique, il s’autorise quelques commentaires : «  Bernardini, passé de la gauche à la droite ? C’est quoi, la gauche ? Le PS ?! Bernardini, il a toujours fait en fonction de sa ville, sans se soucier des étiquettes. Faut être bien avec Gaudin ? Va pour Gaudin !  » Et, à propos de la CRC ou du parquet national financier, de hausser les épaules : «  Bernardini a beau avoir eu beaucoup d’ennuis, la ville n’en a jamais pâti. Et puis, il y a des gens qui ont bien plus de soucis que lui, ça ne pose pas plus de problèmes que cela.  »

Mais, pour Lionel Jarema, du PS : «  S’il a tenté d’éliminer l’opposition en l’absorbant, aujourd’hui, il renvoie l’image de quelqu’un d’isolé. Il n’y a qu’à voir l’omerta qui règne.  » En effet, interrogé par nos soins sur ces sujets, le maire et son entourage se refuseront au moindre commentaire. D’ailleurs, sur sa page Wikipédia, se déroule une guerre de basse intensité, avec de véritables batailles d’ajouts et de suppressions de paragraphes. En particulier lorsqu’il s’agit d’«  affaires politico-judiciaires  ».


Sébastien Boistel

Enquête publiée dans le Ravi n°146, daté décembre 2016

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