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2013, c’est le flou complet

le 13/06/2010


Revenu aux affaires culturelles du conseil général des Bouches-du-Rhône, Michel Pezet siège à nouveau au conseil d’administration de Marseille-Provence 2013. Lors de la dernière réunion de ce comité de pilotage de la future « capitale européenne de la culture », il a mis les pieds dans le plat... Une interview parue dans le Ravi de Mai (numéro 74)



Comment s’est passé le conseil d’administration de Marseille-Provence 2013 ?

Michel Pezet : Si on s’en tient au discours officiel, tout va bien. L’équipe de Bernard Latarjet travaille ses dossiers pour organiser les grandes manifestations prévues tout en recevant plus de 2 000 projets portés par les acteurs culturels locaux. Les membres du CA avaient l’air satisfaits, tant il est vrai qu’ils ne sont pas vraiment des spécialistes du secteur, à l’instar de Dominique Vlasto, qui représente la ville mais qui a la délégation au tourisme. C’est peu dire qu’elle ne maîtrise pas les dossiers de la culture ! Bref, ça ronronnait entre gens de bonne compagnie. Moi, je suis arrivé avec une série de questions et on m’a traité de « trublion ».


Quel genre de questions ?

M. P. : Les compagnies du territoire se désintéressent du projet tant sa lecture est compliquée. L’équipe de Latarjet est plus tournée vers l’extérieur, pour faire venir en 2013 des grands noms, que pour accompagner le milieu culturel local vers le haut, alors que c’était l’ambition affichée et que cela correspondait à un réel besoin. Le discours actuel qui consiste à dire au monde culturel « travaillez d’abord vos dossiers, qu’ils soient béton et qu’ils répondent au cahier des charges de la capitale, et ensuite, nous vous apporterons une aide », ne passe pas. Et ce d’autant moins que MP 2013 demande aux porteurs de projet de trouver d’autres financements… comme les collectivités territoriales. Mais, au conseil général, je ne vais pas payer trois fois : une pour la subvention de la compagnie, une à MP 2013 et encore une pour un projet de la compagnie ! C’est de l’hérésie ! J’ai d’autant plus de mal à comprendre que je viens de faire signer une subvention de 850 000 euros pour MP 2013 ! Alors, où va l’argent ?

Quelles réponses avez-vous obtenues ?

M. P. : Bernard Latarjet m’a affirmé qu’il avait commencé à prendre cette réalité en compte et qu’il présenterait en juin, lors de la clôture des dépôts de dossier, un point sur la stratégie et les actions d’accompagnement des compagnies locales. Je lui ai demandé de rectifier le tir, car on ne peut pas continuer comme cela avec une telle fracture entre l’équipe de MP 2013 et le milieu culturel.


Quelles autres questions avez-vous posées ?

M. P. : Mon autre grand sujet d’inquiétude, ce sont les équipements de la ville de Marseille. La Criée, l’Opéra sont en chantier, on n’a pas de calendrier sur le silo. Là aussi, on ne voit rien venir. Bernard Latarjet veut installer ses grandes expositions dans le Musée des Beaux-Arts, dans le Palais Longchamp, car c’est le lieu qui possède les plus grandes salles. Mais il faut faire des travaux à l’intérieur. Or, pour l’instant, si on ravale les façades, il ne se passe rien à l’intérieur ! Bernard Latarjet me répond que si ce n’est pas prêt, il ira à Granet à Aix !


Que se passe-t-il pour le Mucem ?

M. P. : Les travaux n’ont pas démarré car à l’ouverture des plis des entreprises qui ont postulé pour construire le musée, le dépassement budgétaire est de 40 % ! La ville de Marseille répond qu’il faut faire un nouveau tour de table pour trouver d’autres financements. Voilà pourquoi Frédéric Mitterrand vient à Marseille en catimini et que Jean-Claude Gaudin déjeune avec Sarkozy. Comme la ville n’a pas un sou en poche, elle se tourne vers l’État pour obtenir la rallonge. Mais si les travaux ne démarrent pas d’ici à la fin de l’année, le Mucem ne sera jamais fini pour 2013.


Quelle a été la réaction des autres membres du CA ?

M. P. : Jacques Pfister [Ndlr : président de MP 2013 et de la chambre de commerce] s’est joint à moi pour témoigner son inquiétude et celle du monde économique, qui s’est fortement mobilisé sur la capitale européenne. Si les équipements qui doivent faire la vitrine internationale de Marseille ne sont pas prêts en 2013, il va rester quoi de la capitale européenne ? Des défilés sur la Canebière ? Pour Marseille, ce sera une catastrophe, mais peut-être pas pour les communes du territoire. Car elles pourront peut-être récupérer un bout du programme. Car pour l’instant, elles payent, mais ne voient rien venir. Là aussi, c’est le flou complet.


Que pensez-vous de la nomination de Patrick Mennucci comme vice-président chargé de la culture au conseil régional ?

M. P. : Je connais Patrick depuis longtemps et l’on s’entend plutôt bien. Sa nomination va lui permettre de siéger au conseil d’administration de MP 2013, qui devient clairement un enjeu de pouvoir politique de premier plan pour les trois prochaines années, à gauche comme à droite.


Propos recueillis par Stéphane Sarpaux


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