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La grosse enquête

Peut-on miser sur 2013 ?

Il est allemand. Il a été le numéro 2 de Linz 2009, capitale européenne de la Culture. Il vient d’être choisi, en juin dernier, comme directeur adjoint de Marseille Provence 2013. Ulrich Fuchs trouve-t-il curieux que l’on fasse appel à lui pour assurer la direction artistique d’un événement revendiquant haut et fort l’ambition d’ouvrir l’Europe à la Méditerranée ? « A Linz déjà, les responsables sont allés chercher quelqu’un d’extérieur parce qu’ils étaient convaincus que cela se passerait mieux ainsi qu’avec une personnalité trop liée aux réseaux de la ville », souligne-t-il.

MP 2013 n’est pas en reste d’un paradoxe. Si Marseille a décroché le label, il y a juste deux ans en septembre 2008, c’est beaucoup grâce à l’habileté de Bernard Latarjet, le directeur de l’association pilotant le projet. L’argument qui a emporté l’adhésion du jury européen à l’issue d’une farouche compétition avec notamment Lyon, Toulouse, Bordeaux ? Marseille mérite d’être capitale car en matière de développement économique et culturel c’est de loin la plus mauvaise ! « 2013 » lui permettra-t-il de rattraper son retard ? C’est l’un des enjeux incertains du compte à rebours largement déjà enclenché.

Nous sommes à mi-chemin de l’année cruciale. Les tensions et la pression se sont beaucoup focalisées sur l’avancement de la construction des grands équipements : le Mucem (le Musée des civilisations européennes et méditerranéennes), la salle de concert du Silo… Toutes les hypothèques sont loin d’être levées. Le Mucem ne sera livré, au mieux, qu’au cours de la fameuse année 2013. L’aménagement du « J1 », hangar qui doit être le carrefour public de la manifestation, est ralenti par l’hostilité à peine voilée des syndicats du port. Mais de nombreux travaux s’enclenchent et progressent...

D’autres points font friction. MP 2013 englobe un territoire qui s’étend, bien au-delà de Marseille, d’Arles à Toulon, en passant par Aix-en-Provence. Plusieurs collectivités freinent des quatre fers avant d’abonder financièrement au projet tant qu’ils n’ont pas la garantie d’en tirer directement bénéfice. L’argent public va-t-il manquer ? Autre interrogation : artistes et acteurs culturels locaux se demandent s’ils seront vraiment de la fête. 2000 propositions ont été déposées. Bernard Latarjet et Ulrich Fuchs dévoileront leur pré-sélection début janvier...

Peut-on miser sur 2013 ? Ses opérateurs, spécialistes es ingénierie culturelle & marketing territorial, ont placé la barre haut en référence à Lille 2004 : faire gagner 10 ans à Marseille et son agglomération, rapporter six euros pour un euro investi, placer la ville dans le top 20 des grandes métropoles, séduire les touristes, les investisseurs, les cadres supérieurs, le public populaire, les spectateurs exigeants, changer d’image, surmonter les obstacles administratifs et politiques qui minent le territoire, faire venir des mécènes privés pour suppléer au désengagement de l’Etat, animer enfin les nuits marseillaises... Gagner les élections municipales en 2014, espèrent aussi quelques élus !

« On nous demande parfois même ce que nous allons faire pour améliorer la propreté », soupire Michel Cerdan, le « dir com » de MP 2013. Quand j’entends le mot culture, je sors mon balai brosse ?


Michel Gairaud

A noter dès maintenant sur vos agendas :

Débat public inédit sur MP 2013 à Marseille !

Avec Patrick Mennucci (PS), Renaud Muselier (UMP), et Michel Pezet (PS)

Les « monsieur 2013 » au Conseil régional, à la Ville de Marseille et au Conseil général des Bouches-du-Rhône débattent en public sans langue de bois (on espère !) à l’invitation du Ravi.

Cinéma l’Alhambra

Saint-Henri, 2 rue du cinéma

13006 Marseille

Lundi 4 octobre

18 H 30

Au sommaire de la grosse enquête dans le Ravi n°77, septembre 2010

Page 6 ■ 3 ans pour décrocher la lune ■ Entretien : « méfiance pour la fête programmée »

Page 7 ■ Le soufflet retombe en Provence ■

Page 8 ■ Grâce à toi ■ Tribune : « Ne pas gentrifier Marseille ! »

Page 9 ■ MP 2014 ■ A minuit, tout est fini ■ L’argent public va manquer

Edito

+ Le pire n’est pas toujours certain

Vingt cinq morts par noyade en juin à Draguignan et son pays. Le pire n’est jamais sûr. La Dracénie n’avait pas connu pareille inondation depuis le 19ème siècle. 1827-2010 : 183 ans entre deux catastrophes majeures, c’est à la fois beaucoup à échelle d’homme et peu à celle d’un cycle naturel. En 2193, combien de morts entraînera la prochaine crue de la Nartuby si l’urbanisation intensive du Var se poursuit au rythme actuel ? Une quasi certitude : la plupart des commentateurs afficheront leur surprise devant l’ampleur des dégâts. Car l’auteur de cet édito et ses lecteurs auront tous disparu depuis longtemps. Comme les élus en charge, aujourd’hui, des politiques qui auront, demain, des conséquences majeures pour les générations futures.

Deux ans à travailler en plus pour pouvoir prétendre prendre sa retraite. Le pire n’est jamais sûr. Le gouvernement a donc choisi de s’attaquer à un symbole social fort pour « sauver » le régime par répartition. Deux ans, ce n’est pas rien à l’échelle d’une vie. Tout sonne faux dans cette réforme lancée, comme il se doit, juste avant la pause estivale. Reculer l’âge légal, comme allonger la durée de cotisation, aura des effets inverses à ceux recherchés : augmenter le chômage des jeunes, donc diminuer leurs contributions pour les retraites, donc creuser le déficit que l’on cherche à combler. Et ce n’est qu’un exemple…

Même si ne rien faire risque d’être une catastrophe, se mobiliser pour défendre ses droits à la retraite dans 10, 20, 30 ou 40 ans, n’est pas très naturel. Surtout lorsqu’on est au chômage, titulaire d’un CDD ou salarié en CDI mais sans beaucoup de certitudes sur son proche avenir. Beaucoup de monde en définitive. Le système par « répartition » repose sur une idée généreuse : on ne cotise pas pour soi-même comme avec une assurance, mais pour les autres qui cotiseront à leur tour pour nous dans le futur. Un pari sur l’avenir, un pacte intergénérationnel, une démarche solidaire… Cela fonctionne. Cela fonctionnera si l’on en a la volonté politique. Le pire n’est pas toujours certain. Nous ne sommes pas forcément condamnés à boire la tasse.

le Ravi



Au sommaire du Ravi n°77, septembre 2010

Par leravi - 2/09/2010 - Numéro en cours

La grosse enquête : peut-on miser sur 2013 ? Marseille Provence 2013 sera-t-elle un fiasco ou jackpot ? A qui et à quoi va servir la capitale européenne de la culture ? Préfigure-t-elle les contours d’une future métropole marseillaise ? Quelle ville rêvent de dessiner les promoteurs du projet ? Les artistes locaux seront-ils vraiment de la fête ? A mi-chemin, MP 2013 suscite des inquiétudes à la hauteur des multiples attentes, économiques, politiques et culturelles, qu’elle (...) Lire la suite...

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