Marseille Espérance : un symbole très convoité

le 1er/05/2006

« Ce « machin » créé par Robert Vigouroux est le contraire d’une conception laïque des relations du Maire avec ses citoyens, puisqu’il a fabriqué les minorités marseillaises en s’appuyant sur des chefs religieux qui, d’ailleurs, n’en représentent qu’une partie ». Responsable du réseau « Laïcité et Libre Pensée du Midi », Philippe Isnard peste rien qu’à l’énoncé du nom de Marseille Espérance.

Fondée en février 1990 par le prédécesseur de Jean-Claude Gaudin, officiellement pour maintenir la paix civile dans la cité phocéenne, cette institution réunit en effet, sous l’égide du maire, des représentant des laïcs, les responsables spirituels catholique, orthodoxe, protestant, juif, musulman, bouddhiste et arménien de la ville. Sans parler de religion, ni prendre position sur les problèmes internationaux, et sans statut officiel, elle réagit notamment lorsqu’un événement risque de diviser les communautés de la citée phocéenne. Elle estime ainsi avoir joué un rôle positif lors de la première guerre du Golfe, lors de la tentative de récupération par le FN de l’assassinat de Nicolas Bourgeat par un jeune Maghrébin en 1996 ou encore lors des attentats du World Trade Center (1) . La quiétude phocéenne, lorsque l’antisémitisme ? sévit à Paris ou dans l’Est de la France, a même fait de Marseille Espérance, au niveau local comme national, le symbole de la possibilité de faire cohabiter des communautés ; qui n’ont peut-être pas attendu, à Marseille, sa création pour se côtoyer sans tensions importantes. « Malgré des différends politiques, voire du racisme, les origines communes des Juifs et des Maghrébins et leurs relations de travail facilitent grandement leurs rapports », reconnaît Salah Bariki, cofondateur de l’institution aujourd’hui chargé de mission auprès des communautés dans la municipalité Gaudin.

Symbole largement partagé, Marseille Espérance a en outre l’avantage de combler tout le monde. D’abord les représentants religieux, qui s’y forgent une légitimité sans pour autant représenter l’ensemble de leur communauté. Ensuite les élus, qui, à peu de frais - toutes les dépenses de Marseille Espérance ont toujours été prises en charge par la municipalité (2) - affichent leurs bons rapports avec l’ensemble des minorités. Tout en y trouvant quelques petits avantages personnels. Robert Vigouroux en avait fait une voie de contournement des réseaux traditionnels du PS. Quant à l’actuel sénateur-maire de la ville, en rattachant l’institution à son service communication, il l’utilise, même s’il s’en défend, pour valoriser son image. Une pratique qui lui a récemment valu une fronde de la part des différents chefs spirituels.

« En fait, le problème est venu de son responsable de la communication. Il souhaitait avoir un retour sur investissement. Jean-Claude Gaudin est intervenu et tout est rentré dans l’ordre », assure, mais anonymement, un éminent représentant de la communauté juive. Il ne faudrait effectivement pas briser par de vulgaires ragots un symbole si précieux.

JFP

(1) A part la plantation d’un « arbre de l’espérance » en 2000 à l’occasion du 26e centenaire de Marseille, la vie de l’institution est rythmée par des réunions trimestrielles, la publication d’un calendrier œcuménique, l’organisation de conférences et d’un gala annuel. (2)« Ca coûte moins cher à la mairie que l’OM », affirme Salah Bariki.

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