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Il est plus facile d’entrer en prison que d’en sortir...
le 6/11/2017

À la sortie de prison, le chemin vers la réinsertion est long et tortueux… Notre enquête en Provence Alpes Côte d’Azur.

« On fait de la gestion de flux. Ce sont les rapports et les commissions régulières [pour les aménagements de peine. Ndlr] qui rythment notre travail. On a du mal à sortir de cette logique et à ne pas attendre que le détenu ait fait une demande de permission de sortie pour s’intéresser à son cas », explique Pierre-Yves Lapresle, secrétaire national CGT insertion probation et CPIP (Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation) à la maison d’arrêt de Luynes (13). Au niveau national les CPIP sont environ 3500 pour 70 000 détenus et 250 000 mesures en milieu ouvert. Selon les prisons, ils gèrent chacun entre 80 et 140 dossiers. A Luynes ils sont 10 CPIP pour 1000 détenus. Difficile, avec aussi peu de moyens, de pouvoir être efficace dans ses missions, notamment celle d’accompagner le détenu dans la préparation à la sortie. «  Le sortant de prison n’est pas un public prioritaire », avoue le syndicaliste.

Les courtes peines en pâtissent le plus. « Elles sont rarement accompagnées et l’accès à la formation est très compliqué en maison d’arrêt. C’est donc à ce niveau là que l’on trouve le plus de récidives », explique Amid Khallouf, responsable sud-est de l’OIP (Observatoire national des prisons). 61 % des sortants sont réincarcérés dans les 5 ans. Alors que la libération conditionnelle et les aménagements de peine entraînent des taux de récidive moins importants, ça ne concerne que 20 % des sortants. 48 % des détenus sont sans diplôme, 80 % chez les jeunes. 50 % sont sans emploi à leur entrée en prison. À leur sortie 14 % déclarent « ne pas disposer d’une véritable solution d’hébergement », et 8 hommes détenus sur 10 ont un trouble psychiatrique ou une addiction (1). Une population qui avait du mal à s’insérer avant et qui aura du mal à se réinsérer après...

« Mais arrêter de me faire rêver madame ! », cette phrase, Sara Caradec, psychologue de l’orientation l’a souvent entendue. En 2015, elle intervient au sein des Baumettes sur un programme expérimental d’aide à l’orientation pour préparer la sortie. « Lorsque je leur présentais tous les métiers auxquels ils avaient accès avec un CAP, ils étaient presque effrayés. Comme si ça leur paraissait totalement dingue de pouvoir choisir, eux qui sont en permanence dans l’échec », note la psychologue. « Quand on est en détention on est en dehors de toute réalité professionnelle, explique Pierre-Yves Lapresle. Car même si on travaille à l’intérieur, le droit du travail ne s’applique pas, les emplois ne sont pas qualifiants et les rémunérations sont délirantes [Entre 200 et 250 euros pour un temps plein. Ndlr]. Parfois, ça leur permet de développer des compétences, mais ils mettent rarement sur leur cv qu’ils ont été auxiliaires à la maison d’arrêt de Luynes !  »

Pour certains, la sortie est une source d’angoisse terrible. « Il y a un tel décalage à fantasmer le dehors, que la confrontation est violente », explique Karima Jaoui, éducatrice spécialisée en prévention de la récidive à l’Apcars (Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale). En prison tout s’arrête, RSA, sécu, et pour une carte d’identité périmée, il faudra attendre d’être dehors pour la refaire. C’est donc un long périple administratif qui se profile à la sortie, il faut six mois pour récupérer un RSA... Sans argent ni toit, c’est bien souvent le retour à la case prison. L’Apcars propose 35 hébergements sur Marseille, principalement en hôtel. « Mais on fait du bricolage, reconnaît l’éducatrice, l’hébergement en hôtel n’est pas adapté : insalubrité, impossibilité de cuisiner. Pourtant une chambre coûte 700 euros par mois à l’État. À ce prix là, des logements vides, il y en a. C’est un problème de fond qui se pose et surtout de volonté politique. »

Le Gépij (Groupement d’éducateur pour l’insertion des jeunes) accompagne des 18-30 ans orientés principalement par leur CPIP pour faciliter un aménagement de peine et travailler sur un projet d’avenir. « Parfois les choses se font rapidement, parfois il faut un temps d’adaptation, et pendant ce temps là tout peut se passer, explique Marie-Léa Lacroix du Gépij. Parfois aussi les choses vont trop vite, et ils ne supportent pas. Mais il ne faut surtout pas leur enlever ce statut de personne qui fait des choix. » Des parcours de vie complexes et une violence carcérale qui abîme, les freins psychologiques sont nombreux et supplantent bien souvent l’envie de s’en sortir.

Samantha Rouchard

1. www.justice.gouv.fr (Chiffres 2014 sur la récidive)

Enquête publiée dans le Ravi n°154, daté septembre 2017. Ce site est gratuit mais la presse régionale pas pareille a besoin de vous pour vivre. Abonnez vous !

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