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« Les filles ont le droit d’être en colère et les garçons d’être tristes »

Sous le soleil, les femmes !
le 25/03/2019

Maud Fontanel est animatrice au planning familial d’Avignon. Elle intervient dans les écoles du département autour du programme québécois Prodas, qui permet dès le plus jeune âge de déconstruire les stéréotypes de genre.

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Qu’est-ce que le Prodas ?

« Le Prodas est un "PROgramme de Développement Affectif et Social" québécois. Il permet de travailler avec les enfants, essentiellement sur les émotions. La verbalisation de ces émotions est un vrai levier sur l’égalité entre fille et garçon et sur la prévention des violences. Même les émotions sont genrées, c’est donc l’occasion d’expliquer que les petites filles ont le droit d’être en colère et les garçons d’être tristes. Faire comprendre que les émotions ont à voir avec notre individualité et non avec notre genre. Le Prodas a été initié en France par le planning familial de Marseille il y a 10 ans. En Vaucluse, nous en sommes à notre 3ème année. 7 écoles maternelles et primaires participent au programme. »

Quelle notion du genre a un enfant de six ans ?

« Dès le CP, on utilise un imagier du genre qui représente Monsieur et Madame Panda qui se ressemblent et que l’on ne peut pas différencier. Ils sont mis en situation : un panda porte une écharpe d’élu, un autre fait la cuisine, etc. Mais pour les enfants, le panda président est forcément un homme, et celui qui fait la cuisine forcément une femme. On travaille alors avec eux les stéréotypes et les assignations de genre pour qu’ils arrivent à comprendre en fin de séance que Madame Panda peut très bien être présidente. »

Est-ce que ces assignations de genre leur pèsent déjà si petits ?

« Oui. Lors d’une intervention, on a parlé de l’assignation des couleurs, le rose pour les filles, le bleu pour les garçons. Plein de petites filles ont dit qu’elles aimaient le bleu. Un petit garçon a pris la parole pour dire qu’il adorait la corde à sauter mais que dans la cour de récré elles étaient toutes roses à paillettes et qu’il n’y jouait pas de peur qu’on se moque de lui. Il a pu verbaliser sa tristesse et sa frustration. Dans ce cas, on ramène toujours la parole individuelle au groupe et au ressenti. On essaie de leur faire prendre conscience de ce qu’est une émotion et de ce que cela produit dans notre corps et notre tête et que ça peut avoir un réel impact. Mais c’est un travail de longue haleine car ces assignations sont vraiment intégrées. »

Ça fait trois ans que vous avez initié le Prodas en Vaucluse, quels sont les résultats visibles ?

« À raison de 15 séances par an sur trois ans, nous voyons aujourd’hui le résultat sur des enfants que l’on suit depuis le début. Ils peuvent poser des mots sur leurs émotions, du coup il y a moins de bagarres et plus d’interactions entre les filles et les garçons. Si on pouvait suivre ces enfants tout au long de leur scolarité comme la loi l’impose normalement [Loi de 2001 qui n’est pas appliquée. Ndlr], à terme ça permettrait qu’il y ait moins de stéréotypes de genre, donc moins de discriminations, et donc moins de violences. Car quand on arrive à dire "je suis en colère" et pourquoi, ça empêche le passage à l’acte. Et ça permet un rapport apaisé entre les hommes et les femmes.

Propos recueillis par Samantha Rouchard

Entretien publié dans le Ravi n°168, décembre 2018

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