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Action Française versus anti-fascistes : Action… Réaction !

Affrontements ce WE au coeur de Marseille
le 16/10/2017

Ce samedi, la section locale de l’Action Française faisait sa réunion de rentrée dans son local, rue Navarin, au cœur du Marseille alternatif. Les « antifas », mais pas que, ont répondu présent pour perturber un groupe qu’ils dénoncent comme raciste, fasciste et source de nombreux maux dans le quartier...

Ça promettait du sang, et ça sentait la poudre. Ça s’est soldé en insultes de haute volée et quelques lancés de bières vides entre deux camps que seule la haine réunissait. 15 heures, samedi 14 octobre au cœur du Marseille alternatif. Au premier abord, seuls les sacs et ordures, balayant la place Jean Jaurès, semblent se disputer la rue. Pourtant, quelques mètres plus loin, six fourgons de CRS s’alignent, et un petit groupe de jeunes fait son arrivée. Ici, c’est le point de départ de la manifestation des « antifas » contre la réunion de rentrée de l’Action Française, ce groupuscule d’extrême droite néo-royaliste installé un peu plus loin rue Navarin (Cf notre reportage « Infiltré à l’Action Française » publié dans le Ravi n°154, septembre 2017).

Au rendez-vous, le Front Révolutionnaire Antifasciste de Provence (FRAP), qui revendique ouvertement la violence révolutionnaire comme arme de légitimité politique, suivi de près par d’autres mouvements comme le collectif Nosotros, les Jeunes 13 énervés, et l’Action Antifasciste. Enfin pas tout à fait. Ces derniers ont laissé à leur membre le choix d’aller à la castagne s’ils le souhaitaient. « Mais on s’en désolidarise. La violence n’apporte rien, on a déjà essayé et ça n’a pas marché », souligne Hazem.

«  Qui c’est les méchants ? »
Peu à peu la place se remplit. Il sont près de deux cents à se réunir, parfois avec leur enfants. « Pour qu’ils prennent conscience de la réalité. Qu’on doit investir la rue et ne pas leur laisser du terrain. Et montrer qui sont les vrais méchants », explique Soraya à son fils de 5 ans. « Qui c’est les méchants ? » répond-t-il. « Ce sont les racistes qu’on va voir, et puis eux », dit-elle en pointant du doigt une bande de CRS. La jeune maman est écœurée. « Il y a une guerre sur le net et dans la rue où le racisme est décomplexé. » Des coups, il y en a. Le matin même un militant, Emrÿs Lehane, postait sur Facebook sa tête ensanglantée suite à une agression la veille par une trentaine de militants d’extrême droite.

Tous n’appartiennent pas à un mouvement. Ils viennent par conviction mais aussi avec leurs histoires. « Je fumais une clope il y a quelques mois à la gare Saint-Charles. J’ai vu trois types de l’AF, torses nus, courir après un jeune mineur et migrant. Ils l’ont tabassé comme jamais. J’ai appelé les flics, ils sont venus très longtemps après… », explique Julia, assistante en maternelle. Aujourd’hui, elle se dit « prête à ramasser des coups pour ceux qui en prennent tous les jours. » Mais pour son amie Violaine, c’est aussi pointer du doigt les lacunes de la justice, comme son hypocrisie. « Quand les antifa bougent, ils se font gazer directs. Mais pas l’AF qui est toujours sous escorte policière », crache écœurée cette jeune prof qui se souvient de l’agression d’un élève en mai dernier devant le lycée Périer. Après l’attaque au couteau gare Saint-Charles, l’AF y avait organisé une petite manifestation afin de faire valoir la légitimité de ses idées…mais toujours sous garde rapprochée d’une escorte républicaine, allant même jusqu’à les raccompagner à la bouche de métro ! La police qui, d’ailleurs, s’attache à fouiller les sacs des manifestants, et même des journalistes !

Rentrer au casse-pipe ?
15h30, et la joyeuse bande se met en branle. Abimael, membre du FRAP, lance les ordres. En marche ! Ça tague et ça crie, et puis ça atteint le cours Julien au rythme de chants de guerre comme « Massilia Antifascista ». Ici, ils déroulent leurs banderoles et haranguent la foule. L’AF, cible de premier choix qu’ils dénoncent avec lyrisme comme « une idéologie réactionnaire au service du capitalisme ». Dans les rangs, les visages se crispent mais certains rigolent, moqueurs. « On entend toujours ça, mais c’est que des paroles » lâche sur un ton blasé Louis, 21 ans. Fin du discours, lui et ses comparses se regardent perplexes, « on applaudit ? »

16 heures. Direction les locaux de l’AF, rue Navarin, où tous les accès sont bouchés par des rangées de CRS. Eux, ne jouent pas à la guerre. Tasers, bombes lacrymogènes, fusils, et des Famas planqués dans une voiture qui suit le défilé : un équipement digne des meilleures guérillas urbaine. De part et d’autres des CRS, antifa et AF se regardent en chien de faïence. Les esprits chauffent et s’allument. Un grand homme, avec des dreadlocks, se plaint : « ils font rien, faut rentrer dedans ! » Rentrer au casse-pipe en somme. Mais tous ne sont pas de cet avis. « Ce qu’il faut attaquer c’est la préfecture, c’est la mairie et empêcher qu’ils puissent distribuer leur tract devant un lycée par exemple. La violence déstabilise le mouvement », soutient Medhi, 21 ans, qui a pourtant toutes les raisons d’en vouloir à l’AF, se souvenant d’une courte altercation avec les membres. « Je suis algérien, ma copine italienne. Ils nous ont sauté dessus. Heureusement, j’avais mon chien qui les a finalement fait reculer. »

« La guillotine ! »
Un premier tour, et le cortège tourne en rond autour du local. Les CRS, en civil ou en uniforme, passent derrière les manifestants pour les empêcher de revenir sur leur pas. Ils jouent de la matraque contre les retardataires, et là encore même au détriment des journalistes trop curieux. Quelques projectiles s’échangent avec l’AF qu’on aperçoit au loin. Un flic dans son talkie walkie : « on en reçoit encore un, on charge. » Les chants de guerre montent en tension : « la guillotine », « Robespierre revient », « pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fachos ». L’AF répond : « On est chez nous », « Action…Française ! ».

Les chants de guerre montent en tension

Rapidement, ça vire au puéril. « Petite bite », « il veut ta mère ». Les membres de l’AF affichent des visages défigurés par des cris de haines. Ils hurlent, le tout accompagné de gestes obscènes et saluts fascistes. Et puis, deuxième tour, première bavure. Tout bascule. Du camp de l’AF émerge une pluie de bouteilles de bières s’abattant sur les manifestants. Et des projectiles explosent à nos pieds. Les antifas ripostent à coups de fumigènes, et puis c’est la charge des forces de l’ordre avec ses flash-ball et ses matraques. Un militant des jeunesses communistes est pris à partie, tabassé. Il parvient à s’enfuir et perd son portable. À la fin de la manifestation, ses amis étaient sans nouvelles. Si les manifestants ont été fouillés, cela n’a visiblement pas pu être le cas du local de l’AF qui contenait l’artifice nécessaire pour répondre aux provocations.

Après la manifestation, le FRAP ne donne pas suite à nos appels et se refuse à tout commentaire. À l’inverse, Jeremy Palmieri, chef de section de l’AF, confie, avec une voix cassée par une nuit arrosée, être toujours « prêt à répondre sans peur » aux antifa… Mais visiblement à condition d’être sous protection d’une distinguée rangée de matraques et boucliers, sous bonne garde de la police d’une République qu’ils semblent pour une fois appréciée...

Valentin Pacaud

Article rédigé pour le www.leravi.org, publié le 16/10/207

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