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Le radeau de la sardine

La 8eme edition du festival du dessin de presse de l’Estaque débarque !
le 12/09/2019

La 8ème édition du Festival international de la caricature, du dessin de presse et de la satire (Fidep) accoste à l’Estaque du 23 au 29 septembre. Malgré les mesures de protection imposées cette année, bénévolat, solidarité et festivités sont toujours au programme.

C’est bientôt, du 23 au 29 septembre, que débarque à Marseille, la 8ème édition, toujours entièrement gratuite, du Festival international de la caricature, du dessin de presse et de la satire, le Fidep pour les intimes. Un rendez-vous désormais incontournable au début de l’automne à l’Estaque, l’ancien petit port sardinier au nord de la ville, non loin des grands ensembles bétonnés, empli d’un vivre-ensemble non moins en béton.

Car le Fidep, c’est aussi une histoire de solidarité. C’est avant tout grâce à une centaine de bénévoles du quartier que le festival existe. Au programme en 2020 : de nombreux concerts, expositions, rencontres... Seront notamment exposés, des dessins du dessinateur turc, Musa Kart, envoyés par sa femme tandis que l’opposant d’Erdogan est détenu en prison. D’autres événements seront plus festifs, comme la venue de l’humoriste Kamel ou le concert du groupe de post punk poétique « Cosmétique Roger ».

Mais les stars, ce sont bien sûr la quarantaine de dessinateurs de presse une fois de plus au rendez-vous. Ils offriront, tout au long du week-end des 28 et 29 septembre, le portrait de qui veut. Les festivaliers rencontreront ainsi, entre autres, le belge Jacques Sondron (tout droit venu d’à côté) et l’iranien Shahrokh Heidari que Fathy Bourayou, le dessinateur et initiateur du festival, qualifie de « balèze ». Beaucoup viennent cette année du Maghreb, mis à l’honneur en écho à l’actualité algérienne. L’Algérie, c’est aussi le pays qu’a fuit, lors des années de plomb, Fathy, qui illustre régulièrement nos articles. Ce dernier a d’ailleurs la voix qui flanche quand il parle des exilés d’aujourd’hui. Il les a donc voulu au cœur de cette édition : « La générosité des gilets oranges, ceux qui viennent en aide aux migrants, me touche face à l’hypocrisie de l’Europe. La situation des réfugiés m’empêche de dormir. » Vous croiserez sans doute Fathy, le samedi 28, sur le stand regroupant d’autres éminents dessinateurs du Ravi : Charmag, Red !, Trax, Ysope...

Côté coulisses et gros sous, les subsides sont privés et publics. La Fondation Abbé Pierre est de l’aventure depuis la première année. Les soutiens institutionnels sont parfois plus problématiques. Le département des Bouches-du-Rhône a notamment réduit son aide : elle s’élève seulement pour cette édition à 7000 euros au lieu de 10 000 l’an passé. « Des citoyens bénévoles ont érigé cette imprenable forteresse », s’est tout de même félicité lors de la conférence de presse du Fidep, Henry Jibrayel, l’ancien député PS de la circonscription, désormais conseiller départemental d’opposition. Sous le coup d’une mise en examen pour abus de confiance et prise illégale d’intérêts, il s’y connaît en citadelle assiégée !

Forteresse en effet. Parce que cette année, sacrée année, le festival met le paquet sur la sécurité. Il sera donc entouré de grilles et gardé par des vigiles. L’ordre vient de la préfecture qui a laissé aux organisateurs le soin de trouver les 7500 euros supplémentaires nécessaires. Une situation, tout frais pas payés, qui rappelle, dans une certaine mesure, le cadre de vie des dessinateurs de Charlie Hebdo. En 2015, juste avant l’attentat contre l’hebdomadaire satirique, Tignous, l’une des victimes, avait participé au Fidep et reçu le prix de la carafe (Ricard) d’or. Aujourd’hui, Riss, le directeur de publication du journal, compare leurs conditions à une vie en boîte de conserve. Espérons que le festival de l’Estaque ne finisse pas en boîte de sardines.

Jeanne Gougeau

Pour en savoir plus, c’est par ici

Article mis en ligne le 12/09/2019

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