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Ravier en mode « sévices minimum »

Le sénateur d’extrême droite lance sa campagne marseillaise en oustider...
le 20/09/2019

Le leader de l’extrême droite marseillaise, Stéphane Ravier, se lance dans la campagne des municipales. Depuis une salle de seconde zone et avec un casting témoignant du peu d’ambition de celui qui cherche avant tout à rester sénateur. Reportage.

« Il n’a aucune chance je le sais bien, les autres vont faire barrage comme d’habitude », déplore une militante frontiste lors du lancement de campagne de Stéphane Ravier hier soir, jeudi 19 septembre. Il faut dire que le décor ne trompe pas. Feu les fastes du Dôme et place aux nappes en papier et rideaux satinés du Florida Palace. Il est 20h15 : la salle, pleine à craquer, ne chantera pas Johnny cette fois-ci. Seule une chétive Marseillaise clôture le meeting. Bref, Ravier n’exhale pas la force conquérante. À l’instar de la « spécial dédicace » qu’il fait à ses têtes de listes : « Ce sont des militants aguerris, élus et parfois battus. Des militants qui savent qu’une défaite c’est pas la fin du monde. »

Autant dire que Ravier joue, au propre comme au figuré, la sécurité : tant dans le discours que dans la stratégie. Ainsi reste-t-il dans les 13ème et 14ème arrondissements où il a été élu en 2014 à la faveur d’une triangulaire. Il envisage une nouvelle fois, comme dit à demi-mots un peu plus tôt en conférence de presse, de laisser la place à sa nièce, Sandrine d’Angio, aujourd’hui maire de secteur. Puisque de son propre aveux, être sénateur lui apporte la « notoriété » recherchée. Qualificatif qu’il reprend juste après pour parler plutôt de... « crédibilité ». En parlant de crédibilité, il est des signes significatifs. En montant sur l’estrade, Sandrine d’Angio se trompe de sens. Elle reste cachée derrière son oncle de candidat. Et quand Eléonore Bez, vice présidente de la fédération FN 13, la tire par le bras pour qu’elle soit sur la photo, le cameraman s’emmêle les pinceaux et filme le plafond....

Les squats au pilori

S’il décide de ne pas mener bataille dans les 15 et 16ème arrondissements, Ravier l’explique par « marque d’attachement ». « En effet, justifie le candidat, le cœur l’a emporté sur la politique ou la stratégie. » Puisqu’on vous dit qu’il est resté conseiller municipal sur son dernier mandat local ! Avant de rappeler, en mode « méthode Couée » : « Mais surtout je ne doute pas que les têtes de listes que je présente obtiendront la victoire. »

Ces militants accoutumés qu’il est venu présenter et qui forment donc les têtes de listes du RN à Marseille sont ceux attendus, des fidèles parmi les fidèles dans une famille qui a connu nombre de défections. Bernard Marandat quitte les quartiers nord pour revenir sur les 4ème et 5ème arrondissements, terres où il fut le premier conseiller municipal élu du FN. « Espèce de migrant ! », raille le sénateur dont la mère a immigré d’Italie.

Jean-François Luc, lui, reste dans le 4ème et 5ème arrondissements. Chacun a droit à son petit encouragement : « Aucune citadelle n’est imprenable », l’encourage le patron. Sophie Grech - « maman du petit Poupinou », précise avec sa finesse habituelle Stéphane Ravier - ira là où le sénateur aura été un temps pressenti avant de se raviser : dans les 15ème et 16ème.

Jeanne Marti, une autre historique du parti, ira ferrailler dans les 2ème et 3ème arrondissements : « Elle est née au Vietnam mais n’a pas dû y apprécier le communisme », commente le tenant du « grand remplacement ». Etoile montante du FN 13 et très proche de Ravier, Éleonore Bez se présente dans les 9 et 10ème tandis que Franck Allisio, un transfuge de la droite « républicaine », s’attaquera aux 11 et 12ème, ces arrondissements qui hésitent désormais entre RN, LR et LREM. Pour finir, Clémence Parodi - ça ne s’invente pas ! - sera, elle, envoyée au casse-pipe dans les 1er et 7ème. Et Ravier, ravi de la présenter comme son « amie », de la taquiner en expliquant, non sans ironie, qu’elle « ne lâche jamais son sourire ».

Face à ce casting sans audace, une assemblée assise et pas exactement dans sa prime jeunesse. D’ailleurs les références culturelles peu intrépides du discours de Ravier, si elles se veulent patrimoniales, sont, heureusement pour lui, encore connues de son public : Cyrano de Bergerac et Marcel Pagnol...

Après avoir maintenu une minute de silence pour toutes les victimes des faits divers cités par l’orateur, c’est l’heure du clip de campagne en exclusivité. Ambiance notes de piano en boucle et Ravier de dos, face à la mer, le nez au vent. Sa voix-off, rendue trois fois plus grave que le commun des mortels, se retient bien de parler d’immigration. En revanche, devant les militants, il se lâche. Mais pas trop. Et de faire le distinguo entre les « gentils » immigrés (italiens, grecs ou arméniens) face aux « assistés fumeurs de chichas ». Et lui qui n’est jamais avare en remarques sexistes de choyer aussi la gent féminine : « Il s’agit quand même de la moitié de la population », remarque si justement Ravier qui n’oublie pas son électorat.

Et puis il a tout de même choisi le Florida Palace, dont la programmation va des réveillons orientaux aux mariages mixtes ! Pour ce qui est du dur du programme, il n’a été raconté qu’aux journalistes qui ont dû réclamer pour en connaître quelques détails : mille policiers municipaux, un numéro vert affecté à la dénonciation des squats, une rencontre hebdomadaire entre le maire et le préfet de police, l’invitation expresse des familles de « délinquants » à quitter leurs logements sociaux ou encore l’« investissement » dans la sécurité. Car c’est « investir dans la confiance  ».

Le rassemblement Ravier

Sur les affiches, on chercherait Rassemblement National qu’on ne le trouverait pas ! N’y est fait mention que de Ravier et de Marseille, la flamme emblématique du parti résistant timidement. Rien que du très normal au fond. C’est une élection municipale et il faut aller au-delà de son camp. Et puis on est à Marseille et ici, on ne séduit pas avec Paris.


Paris où, pourtant, Ravier se sent si bien et cherche aussi, s’il passe à côté de la mairie centrale, à assurer sa réélection au Sénat, en engrangeant le maximum d’élus et donc de « grands électeurs ». Mais les adhérents ont les yeux grands fermés sur ces calculs d’épicier. « Avec eux, il n’y aura pas de magouille au moins », assure une militante qui semble avoir oublier les affaires qui touchent le Front ou le fait que son héraut a embauché son fils.

Elle serait touchante, cette ancienne communiste, passée à droite après la chute du mur et ayant quelques années plus tard été séduite par Sarkozy. Elle n’a passé l’arme à l’extrême droite que récemment, choix avec lequel elle ne semble pas encore totalement à l’aise malgré sa grande confiance en l’homme : « Il est vraiment pur ça j’en suis sûre  », se rassure-t-elle.

Jo aussi est un « néo » : « C’est la première fois que je milite pour le RN. Vous savez, la nuit je dors très mal. Parce que tous les mercredis j’achète Le Canard Enchaîné, et avec tout ce qu’ils dévoilent, j’arrive plus à dormir. Non mais l’ex ministre du budget qui boit des bouteilles à 400 euros avec ses amis, c’est honteux ! »

Si Ravier aura du mal à conquérir la mairie de Marseille tout seul, il peut au moins compter sur ses adversaires qui, lorsqu’ils ne viennent pas lui déblayer le terrain, chassent carrément sur ses terres. Comme cet ancien socialiste, Christophe Castaner, présent deux jours plus tôt dans les quartiers nord marseillais, pour vendre son plan anti-drogue...

Jeanne Gougeau (avec S. B.)

Reportage publié le 20 septembre 2019

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