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Climat très tempéré à la métropole

Reportage lors d’une action d’Alternatives territoriales Aix-Marseille
le 28/09/2019

Ça va chauffer quand des activistes écolo s’invitent à la métropole Aix-Marseille-Provence, chez Martine Vassal, pour causer climat ? Même pas ! Reportage lors d’une action des militants d’Alternatives territoriales Aix-Marseille lors de l’adoption du plan « climat air énergie métropolitain ».

L’alerte nous est donnée, par mail, les relances par SMS et les informations au compte-goutte. Depuis qu’un juge a estimé que l’action non-violente relevait de « l’état de nécessité », qu’une jeune suédoise de 16 ans se permet de faire la leçon aux plus puissants de la planète et qu’il faut conjuguer fin du monde et fin du mois, le Ravi ne peut qu’être sensible au coup d’éclat qui se prépare chez... Martine Vassal !

Quand les militants d’« Alternatives Territoriales Aix-Marseille » (une excroissance d’Alternatiba) découvrent que le « Plan Climat Air Energie Métropolitain » allait être voté lors du conseil du 26 septembre, leur sang n’a fait qu’un tour ! « On a appris par la presse le 7 septembre que le Plan serait voté ! Alors on a appelé les élus. Certains n’étaient même pas au courant ! Ils nous ont rappelé il y a 48 heures pour nous dire qu’ils venaient de recevoir les 1100 pages du rapport ! », s’indigne Nico.

Il est 15 heures, nous voilà dans le parc du Pharo, siège marseillais de la métropole Aix-Marseille-Provence. Va-t-on attaquer le conseil par voie maritime ? Est-ce que l’inénarrable Britney Hammerson, du collectif du 5 novembre, va surgir de derrière un bosquet pour embêter sa « best friend » ? Non. En tout, ils sont douze volontaires. Trois d’entre eux attendent de rejoindre leurs camarades à l’intérieur. Dress-code : monsieur et madame tout le monde. La discrétion est de mise. Mais le plan métropolitain, quoique bien gardé, n’est guère contraignant. Et l’ambition de nos activistes somme toute assez modeste.

« Ce qu’on veut c’est garder un contrôle citoyen, qu’il y ait un comité de suivi au cour de l’année, poursuit Mathilde, on a quand-même fait 300 propositions autour de ce rapport ! » Seulement voilà : il y a 6 mois, tout dialogue avec la société civile, aussi minime qu’il n’ait été, a cessé. Autant avec Alternatiba, qu’avec la branche Paca de France Nature Environnement, Nosterpaca (association spécifiquement orientée sur le domaine des transports) ou encore le collectif Aliment. « On arrête pas de tendre la main sans rien en retour, donc on va finir par changer de stratégie... », gronde Nico.

Alors, c’est parti. Ils poussent la porte, faignant de s’être inscrits pour assister au Conseil, ce que les vigiles ne vérifient pas. Ils sont amenés à s’asseoir dans une petite pièce, dans laquelle est diffusée la séance en direct sur un écran. Le show est mécanique : Martine Vassal (LR), qui préside le Conseil de la métropole, énumère des dizaines de rapports en commentant : « Pas d’observation. Pas d’opposition. Le rapport est adopté. » Il n’y a que l’implantation de logements sociaux qui sort les élus de leur torpeur. Symbolique, le « Plan Climat Air Energie Métropolitain » est traité en dernier.

Aussitôt, les activistes sortent alors des banderoles et insistent pour entrer dans la salle du conseil avec Vassal. Ils n’auront pourtant pas même l’occasion de réveiller la chambrée d’édiles somnolant. Car Thomas, visiblement « contact-vigile », transmet le message à ses compagnons : « On nous parle d’une capacité d’accueil limité de la salle »... En clair, agiter une banderole sous le nez de la patronne de la métropole, c’est « niet ». Alors Thomas renchérit : « Qu’est-ce qu’on fait ? »

Les militants, pas franchement agressifs au stress somme toute contenu, décident d’accepter la proposition d’être reçu par un élu dans une petite salle. Et tandis que ça continue encore à se concerter, un agent de sécurité vient les interrompre : « Si on pouvait limiter la visibilité pour l’instant. Le chef de cabinet est informé il va désigner un interlocuteur. »

Traduction : merci d’éteindre les portables et de ranger les banderoles. Ce que nos activistes acceptent, penauds. Une partie ira tout de même faire comité d’accueil aux élus, puisque, dixit Thomas : « Ce sont les élus dans leur ensemble que nous voulons toucher. » Une délégation de trois personnes se rend dans une salle au premier étage attendre l’adjoint au maire en charge du rapport : l’aixois Alexandre Gallèse.

En attendant l’homme de la situation, ils branchent un smartphone sur les baffles de la pièce et se fond l’intervention de Gallèse au Conseil en stéréo : « Ce plan est perfectible, mais il n’est qu’un point de départ ! La société civile sera concertée lors du mois de concertation publique. » Autrement dit, il sait que les activistes l’écoutent dans l’anti-chambre. Nico s’offusque : « Les concertations publiques, on sait ce que c’est ! Depuis fin 2018, il y en a effectivement eu toute une série. On n’y était pas écouté. Et là, on ne voit pas pourquoi on est carrément mis de côté ! »

Ça y est, l’élu fait son entrée : « Vous ne me filmez pas hein, je ne suis pas photogénique. » Certes. Avant de fermer les volets de la pièce et d’ajouter : « Rien n’est caché dans cette histoire hein. » Il est accompagné de Thierry Pennec, qui connaît les dossiers dans leur moindre technicité. Il parle beaucoup et a la tâche clairement identifiée de noyer le poisson face aux revendications du collectif..

Toutefois, l’élu en charge du climat et de la prévention des risques, n’a pas peur de se mouiller : « Je vais être franc, vous me pardonnerez c’est dans ma nature », prévient celui qui pourtant avait refusé de répondre au Ravi quand on a souhaité l’interroger sur les enquêtes qui le concernent du côté d’Aix. Et le voilà dénonçant ce qui entrave les ambitions environnementales de la Métropole : « L’argent qui nous manque c’est celui pour les transports, et on attend l’Etat pour ça. » Nico rétorque : « Mais les investissements prévus dans les réseaux routiers, c’est bien de vous dont ils dépendent ? » Ça, ce sera la faute au préfet : « Pour arriver à 90km/h, sur l’axe vers Aix on vient d’avoir la signature, vous imaginez ! Et puis, on va pas tout réglementer non plus. On est pas en Chine ! »

Nos militants interpellent l’élu sur l’autre point de friction : la participation citoyenne. Gallèse, parfaitement à l’aise : « Faites-vous élire alors ! Et puis si j’avais, comme peut-être vous l’auriez souhaité, été en dialogue permanent avec vous, j’y serais encore en 2020 à faire le Plan Climat ! Il est perfectible, je dis pas, mais au moins vous avez un truc sur lequel travailler. Parce que sinon on en serait encore à faire des réunions publiques. On n’est pas en Suisse !  » En clair, faut que ça avance. D’autant que ce plan, obligatoire pour tous les territoires de plus de 20 000 habitants et que Lyon et Paris ont déjà adopté, a du retard. Et les élus d’expliquer à mi-mot qu’ils ont vu les lobbys industriels le matin-même ! Alors les citoyens...

Nos militants pas trop vexés, tentent de sensibiliser Gallèse avec des arguments un peu plus alarmistes. Alors, l’élu aixois se fait chantre du malthusianisme : « Le vrai problème c’est la démographie. Michel Simon le disait déjà en ’65 . » Nous voilà à imaginer le visuel de la campagne de la Métropole pour promouvoir la vasectomie afin de lutter contre le réchauffement climatique ! Et en quittant le Pharo, avec ce genre de proposition, on se demande si finalement, Gallèse, n’a pas toujours rêvé d’aller en Chine ! En tout cas, si la Région a une « Cop d’avance », pas de doute, avec Martine Vassal, sur le front du climat, ça va chauffer !

Jeanne Gougeau (avec S. B.)

Article mis en ligne le 28 septembre 2019

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